Oui, on appelle ça une affaire de corne-cul mais qui dit des choses de nos mœurs politiques... Il s’agit de cette histoire d’affiche du MJS. Un groupe local (de la Vienne) de la branche jeunesse du parti socialiste a édité et collé une affiche, une photo du président de la République, tendant le bras dans un salut qui semble nazi avec ce slogan : « jusqu’où le laisserez-vous aller ? ». Cette affiche date d’octobre dernier, on était encore dans les remous de l’été sécuritaire après le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy et la mise en cause des Roms. Même dans ce contexte, une telle affiche est évidemment outrancière et pour tout dire, débile. Elle favorise une sorte de confusion, diabolise le président en l’assimilant à un nazi. La faute est d’autant plus fâcheuse qu’elle vient d’une organisation affiliée à un grand parti démocratique, le PS ! Cette affiche nous ramène aux années 70 quand la droite avait tendance à traiter tout ce qui était de gauche de « communiste-stalinien » et quand la gauche voyait du fascisme dans tout ce qui était à la droite de Jean Lecanuet , une figure centriste. Alors bien sûr, le PS ne cautionne pas cette affiche et même le MJS au niveau national la condamne… mais elle a bien existée. Il y a une autre observation à faire sur cette mini polémique. Cette affiche était donc, locale, passée largement inaperçue mais l’UMP s’est fendue, cinq mois après, d’un communiqué outragé, envoyé à toutes les rédactions. Ce communiqué, sur le fond est tout à fait justifié mais en exhumant cette affiche inconnue, l’UMP cherche surtout à « victimiser » le président, l’homme attaqué de toutes parts, seul contre tous et honteusement caricaturé par ses opposants. Dans cet échange -outrage plus surréaction outragée- nous avons là, l’un des ingrédients les plus pénibles et lassants de la vie politique française. Les mouvements de jeunes des partis ne représentent généralement pas, dites-vous, ce qu’il y a de plus fin en politique !Non, ils sont souvent des caricatures de leurs aînés, le MJS ou les Jeunes Pop de l’UMP sont utilisés pour coller des affiches, ils ont aussi la charge de rajeunir l’image du parti et ça aboutit souvent à des actions ridicules comme (souvenez-vous) le pathétique lip-dub de l’UMP. Les leaders des mouvements de jeunesse développent une sorte de « parler-cool », une novlangue de bois qui mêle puérilité et prétention. Souvent ce sont des graines d’apparatchiks où perce une ambition très voyante mais c’est assez rare qu’on les retrouve plus tard aux postes à responsabilité... Exception quand même, Nicolas Sarkozy, c’est vrai, a été en charge des jeunes RPR au début des années Chirac. En fait les vrais jeunes militants politiques, ceux qui créent, souvent joyeusement de nouvelles formes d’action, ceux qui sont en phase avec les préoccupations d’avenir, ne sont pas dans les partis traditionnels, certains les intègrent plus tard, mais pour l’instant ils sont dans des associations aussi variées que « sauvons les riches » sur la question des inégalités, « jeudi noir » sur le problème du logement ou les « déboulonneurs » sur la dictature de la pub. Il y a tout un pan de l’action militante, animé par une jeunesse imaginative et généreuse qui échappe malheureusement au débat politique traditionnel mais dont le foisonnement prouve que, contrairement aux idées reçues, les jeunes ne se désintéressent pas du débat d’idées et de l’organisation de la société mais ils boudent la politique telle qu’elle est organisée et surtout commentée, celle qui tourne autour du maintien ou de l’accès au pouvoir.

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