Marc Fauvelle.

Vous revenez ce matin sur les propos de Francois Hollande, lors du dîner du CRIF… Le Président a évoqué "les Français de souche", provoquant aussitôt une polémique.

"Une faute politique" a aussitôt grondé Aurélie Filippetti, pendant qu'à droite, on s'indignait. Qu'aurait-on dit si c'était Nicolas Sarkozy qui avait utilisé cette expression ? A-t-on pu entendre…

Alors qu'a dit précisément le Président, quelle est sa faute présumée ? Il s'adressait en premier lieu au président du CRIF, Roger Cukierman, qui venait lui aussi de provoquer une polémique (décidément c'est la saison....) en affirmant que les violences antisémites commises en France étaient uniquement le fait des musulmans. François Hollande lui a répondu de manière assez cinglante, et par l'exemple, en citant la profanation récente du cimetière juif de Sarre-Union commise, je le cite : "par des Français de souche, comme on dit" (et la fin de la phrase est importante).... Mais sitôt dit, sitôt jugé, François Hollande a été immédiatement suspecté d'avoir repris à son compte cette expression théorisée par l'extrême droite, et, en la mettant dans sa bouche lors d'un discours officiel, de lui offrir une légitimité. Pourtant, c'est exactement l'inverse qu'a voulu démontrer François Hollande. Sa phrase sonnait aussi comme une réponse à Marine Le Pen, qui avait affirmé que les terroristes ne poussaient pas dans les prairies normandes. Sous-entendu, que les djihadistes n'étaient pas des bons petits Français « bien de chez nous », des « Français de souche », mais des enfants des cités, de l'immigration et de la religion musulmane. Là encore, c'est en partie faux, et on l’a vu avec le parcours de l'un de ces djihadistes, Maxime Hauchard, l'un des bourreaux du groupe Etat islamique, qui avait tout, justement, "du Français de souche, comme on dit"

Alors François Hollande a-t-il commis une maladresse ?

Sans doute, oui, puisqu'il n'a pas été compris de tout le monde. Il aurait pu expliciter son propos, le sous-titrer de façon plus claire. Dire qui est ce "on", qui parle de « Français de souche »… Bien montrer qu'il ne s'agit évidemment pas de lui, mais de tous ceux, extrême-droite en tête, qui cherchent à opposer les « Français de souche », aux « Français de papiers », ceux qui ont acquis la nationalité française plus récemment, et qui seraient donc soupçonnés d'être un peu moins Français que les autres. Dès lors qu'on touche à l'identité française, on le sait, chaque mot "utilisé" dans le débat politique est "miné". Il y a une polémique derrière chaque porte, et le risque, c'est de ne plus rien oser dire du tout pour ne fâcher personne. Il y a un demi-siècle, le général de Gaulle pouvait parler de « Français de souche » pour évoquer les Européens installés en Algérie sans provoquer de débat, aujourd'hui ce n'est plus possible… L'expression a été à tel point utilisée comme ferment idéologique par les mouvances les plus extrêmes du FN, et aujourd'hui encore par une députée comme Marion Maréchal-Le Pen, qu'elle en devient gênante, à mettre entre deux paires de guillemets. Les « Français de souche », c'est la première pierre sur laquelle les partisans de la théorie du grand remplacement ont bâti leur idéologie loufoque et dangereuse. François Hollande le sait bien. Mais ces propos, qui visaient justement à dénoncer ces raccourcis ultra-simplistes, ne méritaient certainement pas cette polémique complètement dérisoire.

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