Avec la tribune de Martine Aubry dans le Monde, la loi El Khomri devient un point de rupture de la gauche de gouvernement.

Oui, c’est une ambiance schismatique qui domine au sein même de la sphère socialiste. Parce que le texte très dur de Martine Aubry reflète un sentiment répandu, bien au-delà du cercle des frondeurs formés depuis le virage social libéral de 2014. La nature de la liste des signataires révèle une déchirure au cœur même du PS. C’est une remise en cause fondamentale de l’action d’un président qui se serait laissé entrainer sur une pente Vallsienne très déportée vers la droite du PS. La déchéance de nationalité, les propos de Manuel Valls en Allemagne, reprochant à Angela Merkel sa politique d’accueil des réfugiés, et maintenant le droit du travail, composent une potion trop amère pour les signataires. En opérant ces virages idéologiques, Manuel Valls n’a pas réussi (a-t-il seulement tenté ?) à démontrer qu’il agissait au nom d’une certaine conception de la gauche : Pour convaincre que son action n’est pas une trahison politique, encore aurait-il fallu qu’il la théorise et qu’une élection quelconque la sanctionne positivement. Ça n’a pas été le cas, Manuel Valls se retrouve donc (c’est comme ça que le vivent la plupart des socialistes) à proposer ce que propose la droite.

La majorité ne votera pas la loi El Khomri en l’état ?

Non, et elle se demande pourquoi Manuel Valls, qui est de par sa fonction, chef de la majorité, propose un texte contre sa majorité. Le président, c’est singulier, dit qu’il veut trouver « une majorité » pour ce texte. Non pas « sa majorité » mais « une majorité », pourquoi pas avec droite, donc ? L’Elysée et Matignon pensent que c’est le souhait, au fond, des Français, après tant d’années d’impuissance contre le chômage. Manuel Valls affirme qu’il acceptera quelques modifications, pour reconquérir la CFDT, mais pas au cœur du texte. Et là, on peut extrapoler : Un grand nombre de leaders socialistes le soupçonne fortement. Ils pensent que si ce texte ne trouve pas de majorité le 1erministre partira. Il partira en disant quelque chose comme « décidément cette gauche est trop archaïque et cette droite trop politicienne». En répétant qu’il « assume » (« j’assume », le verbe le plus utilisé ces jours ci par le 1erministre), il laisse entendre qu’il envisage la rupture au sein de son camp et qu’il peut en tirer les conséquences. En privé, il évoque un moment de vérité, une clarification qu’il compare même au débat Clémenceau Jaurès ! Il se positionne (sans le dire explicitement bien sûr) sur un espace politique trans-partisan qui siérait bien à une candidature en 2017 puisque, face à Marine le Pen, il faudra être élu par la gauche et par la droite. F.Hollande (avec la déchéance) et M.Valls (avec la loi El Khormi) vont contre la majorité, vers le centre, voir le centre droit. C’est à dire vers le point d’équilibre actuel de la politique Française, à l’endroit où il convient d’être quand on veut se faire élire largement contre le FN. Ça ne peut donc passer que par l’explosion du PS. La mèche est allumée. Mais pour l’instant, le plus probable, au vu de leur bilan, et de toutes les étapes encore à franchir avant, c’est quand même que les 2 artificiers sautent avec leur dynamite.

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