Qui peut dire –à part les spécialistes et quelques militants- ce que les partis, leurs leaders, pensent des grandes questions internationales, hormis européennes ... et encore ! Sur le conflit Russie/Ukraine, la Libye, le Proche-Orient, les incroyables évènements d’Algérie. Ces sujets ont disparu des programmes.

Si peu de débats et d’engagements ! Certes, les sujets étrangers n’ont jamais fait une élection, mais, par le passé, chaque camp avait sa vision du monde. Le monde, divisé en deux blocs, semblait facile à lire et chacun s’inscrivait dans le sillage de l’atlantisme ou du communisme. On choisissait l’impérialisme à combattre (soviétique ou yankee)... Affiliation qui déterminait un camp du bien et un camp du mal. La France avait une ligne diplomatique issue du gaullisme, validée par le mitterrandisme. Les partis, dits de gouvernement, ne déviaient pas trop de cet atlantisme tempéré, d’une position à la fois pro-arabe et amie d’Israël, qui permettait à Paris d’avoir une voix originale, relativement influente. La politique étrangère marquait chaque parti d’un sceau d’une identité claire pour tous.

Tout ça n’est plus valable

Non, l’effondrement des blocs, puis ce que l’on appelé le ‘monde multipolaire’, a, après 90, brouillé les cartes… Désormais c’est le temps du repli national. Une sorte de chacun pour soi général, un affaiblissement du multilatéralisme alors que dans le même temps (paradoxalement), les structures dans lesquelles se  négocient des affaires du monde se multiplient : en plus de l’ONU et de l’OTAN, le G8, le G20, le G5-Sahel, le E3 ou 4 sur la Syrie, la COP 15 sur la biodiversité, la COP 23 sur le réchauffement et tant d’autres cadres thématiques ou régionaux. L’opinion publique, perdue, n’est plus sensibilisée. 

L’indifférence à propos de ce qui se passe en Syrie, en comparaison avec les mobilisations pour Sarajevo ou lors des printemps arabes, est sidérante. Une puissance impérialiste, la Russie, prête main forte au pire dictateur dans une opération de pilonnage ciblé de civils et crée, en plus, un nouvel exode de migrants... et ça a l’air de n’émouvoir personne. Ou si peu ! Les rares intellectuels ou activistes qui tentent d’alerter font face à un mur d’indifférence... 

Aucune pression populaire ne s’exerce pour interroger, au moins, la politique de détente envers la Russie voulue par Paris ... malgré les crimes de guerre à Idlib! La semaine dernière, au plus fort des bombardements au cœur de la ville, les politiques, la presse et l’opinion se passionnaient pour l’affaire Griveaux. Le PS et les écologistes s’insurgent timidement (à part Raphael Glucksmann) mais n’ont pas d’audience sur ce thème... LREM et la droite ne disent rien, Marine Le Pen, elle, se satisfait de ce nouvel ordre régional avec domination de Moscou. LFI, pourtant héritière d’une lignée politique qui défendait les opprimés, se tait sur ce que vivent les opposants non islamistes syriens, massacrés en priorité par Bachar Al Assad et ses alliés. Sans doute une vieille habitude de mansuétude envers l’impérialisme russe… 

A l’Elysée, on estime que l’international occupe 40% du temps et de l’énergie du président... c’est loin, très loin d’être 40% de son discours mais surtout de notre attention.

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