La dure loi du virus, le pari présidentiel percuté par les variants, avec le risque d'une France à contretemps en Europe...

Jean Castex, Emmanuel Macron et Olivier Véran
Jean Castex, Emmanuel Macron et Olivier Véran © AFP / Thibault Camus

L’édito politique du jour, avec vous, Yael Goosz. Sommet extraordinaire des 27 aujourd’hui et demain : et si la France devenait le « variant » de la politique sanitaire en Europe ?  

Coup de théâtre, le 29 janvier, Emmanuel Macron prend tout le monde par surprise : le pays ne sera pas reconfiné. Le couvre-feu doit suffire. Un pari : les marcheurs saluent l'audace présidentielle, sur un petit air de revanche, qui signe le retour et le primat du politique sur le scientifique… 

Mais depuis ce week-end, et les interventions express du pompier Olivier Veran à Nice et à Dunkerque, ce n’est plus du tout la même musique. De Gabriel Attal hier à Jean Castex ce soir, on prépare les esprits à des jours moins heureux. L’exception française aurait-elle vécu ? Les écoles, cet autre marqueur tricolore, restées ouvertes contre vents et marée, tiendront-elles le choc ? A L’Elysée, on maintient que tout sera fait pour éviter un reconfinement national, il n’empêche : incidence en hausse et variant crescendo ne plaident pas pour un assouplissement, bien au contraire.  

Et c’est là que l’effet de comparaison avec nos voisins peut devenir piégeux pour l’exécutif. La France durcit ses règles, localement pour l’instant, quand nos voisins, passés souvent par un reconfinement strict, s’apprêtent à les alléger. Irlande, Portugal, Espagne : taux d’incidence nettement inférieur au nôtre. Réouverture partielle des bars et des restos en Italie. Boris Johnson a présenté son plan de déconfinement pour l’Angleterre. La semaine dernière, la Pologne rouvrait en demi-jauge ses hôtels, théâtres, musées, piscines, et remontées mécaniques en montagne.   

Qui gère le mieux la crise ? Heureusement, ce concours-là qui virait à l’auto-flagellation lors de la première vague, est passé de mode. Face aux variants, personne n’a la recette miracle et chacun cultive son jardin sanitaire.  

Après un an de crise, est-ce que l’Europe de la santé a quand même progressé ?   

Plutôt oui. Mais les frontières restent le sujet tabou. Bruxelles sermonne les Etats qui restreignent trop la liberté de circuler. Six pays sont dans le collimateur de la Commission, notamment l’Allemagne et la Belgique. Les attaquer, c’est juridiquement possible, politiquement intenable, comment s’opposer au réflexe de protéger d’abord les siens. Autre sujet qui est lié : le passeport sanitaire. Quand ? Comment ? Simple PCR, test sérologique ou vrai certificat vaccinal ? Les options varient et on est loin du consensus. Olivier Veran n’a fait qu’effleurer le sujet mardi au Cese, devant les citoyens du collectif vaccins.

Non, là où l’Europe a fait un grand pas, c’est sur les vaccins. Trop lente, trop opaque peut-être, mais voilà une compétence partagée à 27 qui n’existait pas avant la crise. L’Union européenne vient d’accélérer et d’accroître ses commandes pour rattraper les retards d’AstraZenecca. L’Europe critiquée ? Mais alors c’est qu’on peut l’améliorer, qu’il en faut peut-être plus et mieux… A un an de la présidentielle, c’est la contradiction qu’un parti comme le RN aura à gérer. Quand tout le monde ou presque sera vacciné, la soif de voyage et l’envie de passer les frontières ne seront-elles pas plus fortes qu’avant ? Là encore, une pierre dans le jardin des plus eurosceptiques. 

Début 2022, Emmanuel Macron, presque candidat, et président tournant de l’Union, aura une occasion unique d’incarner ce credo européen, celui qui avait lancé son quinquennat, avec le discours de La Sorbonne. D’ici là, il faudra gérer les aléas d’un stop and go sanitaire épuisant, surtout si certains Européens commencent à dire go, quand la France, face à la vague, se résigne à dire stop.

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