La question est de savoir quel va être le message et surtout sur quel mode va-t-il être délivré. Le Président a-t-il pris conscience qu’une grande partie de ses difficultés avec l’opinion vient du décalage toujours plus flagrant entre la musique de son discours et la réalité ? Et va-t-il tenter d’y remédier ? C’est possible parce que Nicolas Sarkozy est un homme pragmatique, un animal politique qui sait s’adapter. On verra. Nous arrivons à un moment ou le hiatus entre le volontariste affiché et la réalité devient préoccupant. Le dernier exemple en date est le contraste entre le discours réclamant la moralisation du capitalisme et l’affaire du double emploi d’Henri Proglio à Véolia et EDF qui écorne pour le moins la déontologie du pouvoir économique. Entre les annonces effrénées de réformes, qui ont permis, un temps, de maîtriser le débat public et la réalisation de ces réformes, il y a aussi un fossé qui se creuse. Celui de la réalité économique sociale, parlementaire et même constitutionnelle, par exemple avec la taxe carbone ou la loi Hadopi. Une partie de la majorité (et jusque dans l’entourage du président) plaide pour que Nicolas Sarkozy adopte un profil un peu plus calme, distancié, arbitral. Qu’il adopte un style plus conciliant, moins bravache, moins ponctué de « moi-je », qu’il quitte cette posture de boxeur toujours en campagne pour aborder une seconde partie de quinquennat, disons plus présidentielle. L’époque comme la crise appelle de l’apaisement. Il va falloir réformer les retraites et pour cela il faudrait que le président, dès ce soir, donne vraiment l’impression à tout le monde (opposition comprise) que le but premier de cette réforme n’est pas tant une victoire politique qu’une réforme des retraites... Et que dire de la forme de l’émission de ce soir ?! Que dire ! François Bayrou dénonce la main mise de l’Elysée sur les médias… c’est prendre la question à l’envers. Personne n’oblige un média à se plier aux désidératas de l’Elysée. Personne n’oblige les journalistes de TF1 à accepter cette situation. Ils l’acceptent et c’est donc vers eux que devraient se tourner notre étonnement, pas vers l’Elysée. Toujours est-t-il qu’une émission comme celle de ce soir est unique en Europe démocratique. En France ce n’est pas nouveau. Nous avons la fâcheuse habitude de ne plus interviewer véritablement les hommes politique une fois qu’ils sont devenus président. Je peux vous dire que nos confrères européens en poste à Paris regardent ce genre d’émission avec une incrédulité un peu moqueuse (nous avions tout à l’heure, à 6H45 un confrère du Daily Telegraphe au téléphone, c’était manifeste). Ils mettent ça sur le compte des charmes désuets de notre monarchie républicaine. Dans le Figaro de vendredi, le chef du service politique de TF1 expliquait que Martine Aubry sera l'invitée du 20H demain mais qu’elle n’aura pas d’émission comparable à celle de Nicolas Sarkozy. En soit, même si ce n’est pas très juste, c’est une bonne nouvelle, il ne faudrait pas non plus multiplier ce type d’exercices. Mais il le justifiait ainsi, je cite: « on n'a jamais vu dans l’histoire de la télévisons, un grand rendez-vous ‘dédié’, dans la foulée à un leader de l’opposition » ! Vous avez bien compris… « Dédié ». Ça veut dire que l’émission de ce soir est ‘dédiée’ à Nicolas Sarkozy ! Vous ne vous en souvenez peut-être pas Nicolas (vous êtes trop jeune) mais il y avait une émission très populaire dans les années 70 le samedi soir, réalisée par Maritie et Gilbert Carpentier. Une soirée était dédiée à un artiste. Ça s’appeler Numéro un… à Johnny, ou à Mireille Mathieu, ou à Sacha Distel ! Ce soir c’est un peu comme si c’était numéro Un à Nicolas Sarkozy. C’est nos confrères de la presse étrangère qui vont passer une bonne soirée, exotique est divertissante.

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