Les municipales à Paris : on s’achemine vers une primaire à droite. L’occasion de revenir sur ce que l’on appelle le vote « bobo »…

Oui, le géographe Christophe Guilluy, qui est à l’origine de l’introduction du mot « bobo » en France, prévoyait déjà dans Libération , fin 2000, que les bobos allaient offrir la capitale à la gauche en 2001. La droite parisienne, cantonnée dans les quartiers bourgeois (pas bohèmes du tout) de l’ouest parisien, devra soigner son casting pour espérer avoir une chance de reprendre la capitale. Il y a François Fillon, bourgeois classique (qui hésite), Rachida Dati, devenue bourgeoise-bling-bling (qui en rêve) et la bobo-compatible Nathalie Kosciusko-Morizet, certainement la plus adaptée pour tenter de rivaliser avec Anne Hidalgo, dauphine de l’incontesté Roi des bobos : Bertrand Delanoë. La droite s’interroge : comment faire cesser cette bizarrerie qui veut qu’à mesure que le PIB par tête de parisien augmente, la gauche progresse. Les bobos, voilà une population que personne n’arrive à bien définir. Dominique Voynet, maire de Montreuil (dit boboland) explique joliment : « la preuve que le pudding existe c’est qu’on en mange… la preuve que le bobo existe, c’est qu’on en parle ». Le mot bobo est devenu un mot valise, et même un mot container.

Les sociologues ont du mal à définir ce concept !

Oui, parce les bobos défient la grille des CSP, des catégories socioprofessionnelles. Les lunettes « bourdieuseiennes » les voient floues, et la vision marxiste de classes n’en fait que des bourgeois. C’est un concept mouvant, véhiculé par le discours médiatique. Le sociologue François de Singly tente, quand même, une définition très large : le bobo est une personne de la classe moyenne, moyenne supérieure qui a un fort capital culturel. Et son capital culturel détermine plus sa façon de vivre que son capital tout court. Ça va du postier qui a une licence, de l’enseignant à tous les métiers de la communication au sens large, les artistes, une partie des professions libérales, des fonctionnaires et plus généralement les cadres citadins, individualistes mais qui croient aux atouts de la mixité sociale et culturelle. Ils sont installés depuis des années dans le centre et l’est de la capitale. Ce faisant, ils ont embourgeoisé, « gentrifié », disent les géographes, ces quartiers en exerçant une pression immobilière qui a fait fuir les classes populaires. Ce qu’il est convenu d’appeler les « quartiers bobos » sont très vivants mais assez stéréotypés et socialement plus mixtes du tout. Mais dans certaines parties du nord-est parisien, le fort taux de logements sociaux, incompressible, a contenu la « gentrification ». Ces quartiers là connaissent, dès lors (grâce aux bobos) une vraie mixité, bénéfique pour tous. Marine Le Pen se moque régulièrement des bobos qui passent leur temps à bruncher le long du Canal Saint-Martin. Au PC, on se méfie de cette gauche qui se sent parfaitement à l’aise dans la mondialisation et pour laquelle la radicalité se trouve dans l’écologie plutôt que dans la lutte sociale… Au PS, on ne parle pas beaucoup de cette France qui va plutôt bien, on se contente d’engranger ses bulletins de vote.__ Après avoir stigmatisé les bobos, « politiquement corrects et déconnectés » pendant toute la campagne présidentielle, l’UMP devra s’atteler à les séduire. Et ce n’est pas avec la ligne droite-identitaire de Jean-François Copé que ça peut marcher ! La Butte Montmartre, la colline de Belleville et la Montagne Sainte-Geneviève restent des « Himalayas électoraux » pour la droite.

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