M.Valls estime que l’état d’urgence doit se prolonger autant de temps que Daech reste une menace.

Oui, M.Valls, par cette déclaration, pose une équation sécuritaire problématique. Le 1er ministre explique régulièrement aux français qu’il faut prendre l’habitude de vivre avec la menace terroriste (menace qui, dans un monde forcément ouvert et secoué de tant de convulsions ne cessera pas avant des décennies) et maintenant, il leur demande d’accepter l’état d’urgence tant que cette menace durera. Ça équivaut à imposer l’état d’urgence permanent. C’est à dire à prolonger définitivement un état d’exception, dont on sait, par ailleurs, que son efficacité s’amenuise rapidement. L’état d’exception ne fait partie de l’état de droit que s’il reste exceptionnel. Les terroristes qui attaquent la démocratie n’auront jamais la puissance de feu pour l’entamer avec leurs seules armes, ils ont besoin de la peur des populations libres. Cette peur, plus la nécessité opérationnelle pour mener à bien des enquêtes compliquées, juste après les attentats, justifient l’état d’urgence quelques semaines. Mais elles ne justifient pas que l’on réduise le degré de démocratie de façon durable. Une société moins libre, dans laquelle le pouvoir de police (par définition plus arbitraire que celui du juge) augmente, est une réponse paradoxale quand on est attaqué, justement pour sa liberté !

Mais cet état d’urgence est-il si dangereux ? Nous ne sommes pas dans un Etat policier non plus…

Non, bien sûr, s’il y a des abus, des dérapages (inhérents à tout état d’exception) l’état d’urgence, tel qu’il est appliqué, en réalité avec un certain discernement, et des recours à posteriori, ne nous fait pas basculer dans une dictature. Mais la pente, la facilité politique de sur-jouer l’autorité, toute cette ambiance martiale, déresponsabilise, nous retire des anticorps. L’état d’urgence semble beaucoup plus fait pour rassurer la population que pour assurer efficacement la sécurité. Pour rassurer il faut montrer les policiers, pour sécuriser il faudrait plutôt les cacher. Et leur donner plus de moyens. Le penchant autoritaire de gauche rend la pente sécuritaire particulièrement savonneuse parce que justement, il n’y a plus la gauche comme garde-fou (c’est ce que l’on appelle le mollétisme), la dérive sécuritaire de droite, au moins n’est pas une trahison par rapport à son histoire et ses promesses, mais surtout, est toujours bornée par la vigilance de la gauche aux aguets. M.Valls, sur la laïcité et la lutte contre l’islamisme radical, tient un discours ferme et offensif. Discours qui manque cruellement à toute une partie de la gauche ayant baissé la garde dans le combat contre l’obscurantisme par aveuglement victimaire. Mais cette position laïque, réaffirmée la semaine dernière, perd de sa pertinence si elle n’est pas couplée avec un maintien orgueilleux des droits et libertés. Œuvrer pour une laïcité intransigeante (donc pour la République) sans faire de même pour le maintien d’un haut niveau de démocratie, serait nous dénaturer. En France la République est démocratique, et inversement. Si la peur justifie l’instauration de l’état d’urgence, c’est le courage qui nous permettrait de le quitter. 66% de français favorables au maintien de cet état : voilà qui fixe le niveau de courage politique dont aurait besoin le Président et le Premier ministre.

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