Ce soir, le débat entre les 2 finalistes de la primaire socialiste devrait être un moment clé.

Oui parce que un débat télévisé, dans le cadre d’une primaire, est forcément beaucoup plus décisif qu’un duel entre un candidat de droite et un candidat de gauche lors d’une présidentielle. Le téléspectateur d’un débat classique (entre droite et gauche) regarde cette joute en se demandant comment va se comporter son candidat. Le débat peut modifier –à la marge- le rapport de forces préalable, amplifier ou freiner une dynamique, il n’influencera éventuellement qu’une frange indécise de l’électorat. Mais en réalité -toujours dans un débat classique-, il s’agit de jouer sur ce que la science politique appelle la mobilisation différentielle, c’est-à-dire galvaniser son camp, maximiser la mobilisation de ses partisans mieux que son adversaire. En revanche, quand le débat a lieu –comme ce soir- entre concurrents d’un même camp, l’électeur-téléspectateur se sent en famille. S’il préfère l’un, il est quand même perméable aux arguments de l’autre. Il peut très bien, sur une réflexion, un chiffre, un doute, passer d’un candidat à l’autre sans avoir le sentiment de trahir. Voilà pourquoi la partie sera compliquée pour M.Valls qui doit renverser la situation sans aller jusqu’à l’affrontement brut. Parce que, là encore, si le minimum d’agressivité requise pour dominer son adversaire sied à un débat droite/gauche, il peut être absolument contreproductif au sein d’une même famille. Personne ne veut vivre Festen. L’anaphore « moi-Président » de F.Hollande en 2012 ne passerait pas dans un débat interne. Une mise en cause fondamentale de son adversaire peut être ressentie pour lui-même par le téléspectateur. Si l’agresseur ne dose pas parcimonieusement ses piques, il place le téléspectateur dans la situation inconfortable de celui qui regarde un couple d’amis se disputer.

Et puis dans un débat interne il faut plus aller dans le détail.

Oui parce que les différences de programme sont nécessairement moins saillantes. Et à cette occasion, alors que les politiques sont tant décriés, constatons quand même que les candidats (des 2 primaires) connaissent très bien leurs dossiers. Les débats nous l’ont montré. La précision des arguments produit d’ailleurs des échanges souvent techniques qui finissent par n’intéresser que les vrais passionnés de politique et amateurs de débats poussés. Ce qui favorise un électorat au fort capital culturel et produit un biais sociologique qui est l’un des défauts de ce processus de primaire… Mais ce soir, certaines spécificités des débats en famille, certaines règles de bienséance et de modération, risquent de voler en éclats. Les oppositions qui vont se manifester entre Valls et Hamon risquent (symptôme d’un PS fracassé) d’être outrées et fondamentales. Il ne s’agira pas de différences de nombre de fonctionnaires à supprimer, comme entre Fillon et Juppé mais bien de fractures philosophiques, conceptuelles, sur la valeur travail, et surtout la laïcité, sujet qui a le don de mettre M.Valls dans un état de combativité passionnée ! Si les candidats, en situation un peu désespérée (au vu de ce qui les attend dès lundi), en arrivent à s’affronter comme s’ils représentaient 2 gauches irréconciliables, les chances -déjà bien maigres- du vainqueur de la primaire de faire mieux que figurer lors de la présidentielle seraient largement altérées.

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