Des Gilets jaunes préparent une liste pour les Européennes.

Et c’est une bonne nouvelle parce qu’il faut qu’un tel mouvement, qui rencontre la sympathie d’une majorité de Français, un mouvement si compliqué à appréhender, envahissant, aussi bruyant que peu explicite... il faut qu’un tel mouvement, à un moment, s’engage dans une entreprise politique de responsabilité. Former une liste, c’est-à-dire élaborer des propositions, hiérarchiser ses revendications, force à passer de la protestation légitime à un message positif qui reste donc à définir. Le cri maintenant doit devenir un projet. Ce ne sera pas complètement le cas parce que l’obligation de cohérence est moindre pour des Européennes que pour des législatives par exemple. L’élection européenne n’est pas déterminante pour notre organisation collective. Elle n’est pas perçue comme telle. Le résultat de ce scrutin n’aura quasiment aucune incidence directe sur nos vies quotidiennes. Mais si les Gilets jaunes arrivent à former une liste, leur parole va changer de statut. Devant nos micros, sur les plateaux de télé, ils ne pourront plus parler en leur nom propre mais seront responsables de ce qu’ils diront devant leurs colistiers et ceux qui les soutiennent. Les premières préoccupations énoncées par les Gilets jaunes déclarés candidats sont, pour l’instant, de nature très protestataires, eurosceptiques et sociales. Politiquement, elles recoupent des arguments surtout entendus à LFI et au RN... Ce que ces deux partis ne pourront jamais faire, s’allier... pour des raisons historiques et parce qu’ils ont des visions de la société et de l’humanité aux antipodes, et bien les Gilets jaunes, eux, tentent de le réaliser. Ils peuvent synthétiser l’angoisse identitaire et l’angoisse sociale. Seulement si l’agrégat des angoisses peut dire ‘non’... peut-il dire ‘oui’ ? C’est-à-dire proposer un projet cohérent après trois mois d’existence. Les GJ ont encore quelques semaines pour tenter d’y parvenir.

Mais beaucoup de Gilets jaunes contestent déjà la légitimité de cette liste.

Et à ce stade… si l’on peut éprouver une certaine sympathie pour un mouvement qui recrée la fraternité de l’action collective, un mouvement qui fait revenir à la politique toute une population qui s’en était exclue, ou qui en avait été exclue, il faut quand même s’interroger sur son atterrissage ! Et pour paraphraser le ‘il faut savoir terminer une grève’ de Thorez ... il faut ‘savoir quitter la rue’ ... Quand Flye Rider ou Eric Drouet ne veulent ni du grand débat ni de l’élection (deux domaines où il faut organiser ses idées et élaborer ne serait-ce qu’une ébauche de programme, avoir un début de vision du monde), quand ils semblent vouloir n’organiser que des samedis de colère, des nuits jaunes et se contenter de monologues poussifs, indigents, bravaches, à la fois malins et vides... alors on se dit que ce mouvement n’est qu’un symptôme, comme un bouton, une irruption jaunâtre sur la société française, mais rien de plus. Ces révolutionnaires hebdomadaires, s’ils persistent à refuser de participer au grand débat ET/OU à soutenir la liste jaune aux Européennes, disparaîtront comme ces héros de télé-réalité superficiels, acteurs médiatiques éphémères, au message dont on s’apercevra bien vite que sa radicalité le disputait en fait à sa vacuité...

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