C'est la photo politique du week end. Un nouveau chef de parti adoubé par son prédécesseur et qui deviendra mercredi le nouveau premier ministre. Dommage ça ne se passe pas chez nous. Ah, c'est la photo qui fait rêver. Tony Blair qui passe le relai à Gordon Brown à la tête du parti travailliste après 10 ans d'exercice du pouvoir, après demain, il lui laissera même sa place au 10 Downing Street, notre Matignon à nous. Photo qui fait rêver car hier à la télé, en regardant ces amis de 20 ans au sourire éclatant opérer ce passage de témoin, on se demandait tout simplement pourquoi cette sagesse n'était pas possible chez nous. Alors heureusement, les spécialistes de la politique britannique nous ont rappelé quelle lutte fratricide avait opposé ces deux hommes depuis 94, quel choc d'ambitions contrariées, quelles manoeuvres d'appareil rythmaient régulièrement leur concurrence, leur concorde d'hier est le fruit d'une longue bataille et d'un rapport de force tardivement gagné par Brown sur Blair, pas un état naturel et permanent. Ouf, on respire. Les britanniques ne sont pas donc pas plus sages que nous. On respire, car vu le week-end que le parti socialiste vient de passer, on se disait juste qu'il avait un siècle de retard sur son ami du Labour. 1 mois et demie après son 3ème échec à la présidentielle, le PS se noie encore et toujours dans ses mêmes petites batailles, une seule en réalité : commet tuer déjà le ou la future candidate de 2012 ? Les militants peuvent bien assister marris, à ce nouvel "écharpage" entre éléphants - excusez le néologisme - certains de ses cadres peuvent bien crier dans le désert d'en revenir à la raison et à la réflexion, le spectacle offert par le parti socialiste a beau avoir été vu 1000 fois, qu'importe, le PS le rejoue une fois encore. Ségolène Royal a donc refait le coup ce week end, du "moi c'est moi et lui c'est lui", en parlant du PS. Elle a snobé le conseil national samedi, passé son dimanche à la télé pour expliquer que la vraie vie était en Poitou Charente, fustigé les "minorités de dirigeants" contre la base des militants, elle a tenté d'expliquer pourquoi les mesures qu'elle avait promises pendant sa campagne étaient peu "crédibles", tout en affirmant qu'elle les aurait mises en place si elle avait été élue. Pendant ce temps-là, presque tous ses camarades ont fait bloc contre elle, imposé un calendrier dont elle ne voulait pas, arguant du "collectif" pour condamner sa destinée solitaire, eux qui se sont pourtant si souvent affranchis de ce collectif. Du coup, sortie de week-end et décryptages automatiques : "qui a marqué un point ? Ségo arrivera-t-elle à faire bégayer l'histoire et refaire le coup de prendre le parti par l'extérieur, ou alors Hollande a-t-il repris la main, et Delanoe, a-t-il une chance ?" Décryptages automatiques qui masquent un grand vide. Quand d'autres en leur temps ont réfléchi au "nouveau travaillisme", ne serait-il pas temps pour les socialistes français de s'attaquer à définir le fameux "socialisme du réel" réclamé hier par Ségolène Royal ? Ca prendrait du temps, ce ne serait pas forcément sexy, mais gageons que ça puisse intéresser, intéresser les militants, les dirigeants, les journalistes accessoirement, mais surtout les électeurs. Pour espérer un jour une photo de la victoire, vous savez celle au sourire éclatant, c'est peut être même par cela qu'il faudrait enfin commencer.

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