Oui, parce que la France semble à bout de nerfs... Entre un et deux millions de manifestants, un large soutien populaire pour une journée d’action. Voilà ce à quoi on aboutit, pour une réforme qui n’ambitionne de ne régler le problème des retraites que jusqu’en 2018 ! La mobilisation d’hier traduit autre chose. Au delà des affaires indécentes de profiteurs d’en haut, une grande partie de la société se sent, en ce moment pressurisée, les enseignants, le monde de la santé, les fonctionnaires et le monde politique, notamment les élus locaux (droite et gauche confondues), toujours embringuée dans l’essoreuse à réformes qui étourdie un parlement extenué et du coup inefficace. La sphère publique en générale est dans un état de stress qui ne s’exprime pas encore vraiment et qui résulte d’une grande contradiction qu’on lui impose. Entrer dans une culture du résultat avec moins de moyens. La caricature du mode de gouvernance actuel est atteinte dans le domaine de la sécurité. Nicolas Sarkozy est retournée avant-hier soir, pour la première fois depuis son élection, à la Courneuve. Il a du y aller de nuit, en cachette, il s’est contenté du commissariat, sans même prévenir le maire de la ville. Retourné sur le lieu du « Karcher », le mot qui illustre une méthode : expéditive et inefficace puisque ce mot, qui a frappé les esprits, avait été prononcé il y a maintenant cinq ans et, qu’à l’évidence, le problème est toujours là ! Pourtant lundi, vous nous disiez que le président cherchait à se faire plus rare... Oui, c’est le charme de la chronique politique sous Nicolas Sarkozy. On n’est jamais au bout de nos surprises. C’est vrai que depuis quelques temps, depuis la cuisante défaite des régionales, le président semblait avoir décidé de se faire plus rare, plus calme. Pour que la parole présidentielle reprenne du poids et l’indispensable aspect arbitral, diffuse un peu de sérénité dans cette société sur les dents, il fallait du silence et de l’attente. On dit que Nicolas Sarkozy a dévoré l’excellente biographie de Jacques Pilhan, "Le sorcier de l’Elysée", par le journaliste François Bazin pour s’en inspirer. Jacques Pilhan, l’ancien Mazarin de la communication de François Mitterrand et Jacques Chirac avait théorisé ce que devait représenter la parole d’un président en France : le coup de théâtre et la rareté. Le président doit parler très peu mais quand il parle ça doit changer la donne politique. Il doit garder sa capacité à rassurer et apaiser. Nicolas Sarkozy pratiquait le coup de théâtre mais pas la rareté, au contraire…il faisait ce que l’on pourrait appeler du « Marteau Pilhan ». Mais là, depuis les régionales, c’était juré il avait changé. Et on pouvait croire que c’était le cas parce que même sur le foot il restait à l’écart, laissant sa ministre s’en charger. Et puis le naturel est revenu au triple galop. Il ne s’exprime pas plus, c’est vrai, mais il continue à être sur-actif comme dans ces vieux films muets ou tout est plus frénétique pour compenser le silence imposé. Le comble c’est la réception de Thierry Henry à l’Elysée. On a même l’impression que l’Elysée se rendait compte que cette visite était la marque d’une sur-réaction puisque qu’on nous à fait croire que c’est Thierry Henry lui-même qui l’avait réclamée, ce qui s’est avéré faux. Un joueur de foot à l’Elysée le jour d’une forte mobilisation populaire sur les retraites ! La façon de gouverner a à voir avec l’état hystérique de la société. On a toujours réformé, en France dans l’affrontement et en cherchant à dominer le rapport de force plutôt qu’à passer par le contrat. Parce que l’affrontement permet la victoire politique. Mais le président gardait aussi toujours une distance qui servait de réserve de sérénité pour apaiser la situation au moment le plus critique. Cette réserve n’existe plus aujourd’hui. "Le sorcier de l’Elysée" de François Bazin est publié chez Plon.

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