Vous revenez sur les propos de Nathalie Kosciusko-Morizet… Pour elle, Patrick Buisson, le conseiller le plus écouté par Nicolas Sarkozy pendant la campagne voulait faire gagner Charles Maurras et non pas Nicolas Sarkozy…

Oui et quand on sait que Patrick Buisson aura été le principal inspirateur de la campagne, cette déclaration apparaît comme proprement hallucinante. On comprend bien que des responsables politiques taisent leurs désaccords stratégiques, leurs nuances programmatiques avec le candidat de leur camp. On peut, par exemple critiquer (et d’ailleurs on ne s’en prive pas) un flou volontaire dans les propositions économiques et sociales, avant l’élection, c’est un classique… Il ne s’agit pas de s’offusquer outre mesure quand un discours avant le deuxième tour est différent du discours d’après le scrutin… Mais là, avec cette déclaration de Nathalie Kosciusko-Morizet, on atteint des sommets… Des sommets de quoi d’ailleurs? On hésite entre le cynisme ou la naïveté ? Souvenez-vous lorsque nous, les méchants observateurs, nous avions cru déceler une certaine droitisation du discours de Nicolas Sarkozy. Souvenez-vous des réponses scandalisées des porte-paroles du président candidat dont Nathalie Kosciusko-Morizet était. On s’acharnait, on tronquait disait-elle ! Eh bien maintenant, la porte parole de la campagne de Nicolas Sarkozy considère que son candidat a, en fait, cédé à un conseiller d’extrême droite ! D’une extrême droite antisémite et anti-républicaine. La député UMP de Longjumeau vient de commettre une outrance du même ordre que celle qu’elle fustigeait pendant la campagne quand L’Humanité , par exemple exagérait et mettait à sa Une la photo de Pétain avec celle de Nicolas Sarkozy !

Pourquoi Nathalie Kosciusko-Morizet porte-t-elle une critique si violente ?

Sans doute parce qu’elle a vécu un calvaire pendant la campagne. Quand on lui demande d’ailleurs, elle dit simplement, en forme de litote que « le mot calvaire n’est peut-être pas approprié ». NKM a dû ronger son frein pendant ces longs mois. Enfin « a dû », personne n’est obligé de supporter ça. Ce n’était pas, contrairement à ce qu’elle affirme, le résultat d’un débat interne mais un dictat interne. Personne n’a vraiment osé critiquer devant le Président d’alors, cette ligne droitière (extrême-droitière si l’on reprend la classification de madame Kosciusko-Morizet)… seulement voilà pour sa survie politique, en cas de victoire de Nicolas Sarkozy, il était inconcevable d’émettre un simple doute. NKM dit encore sur Canal + hier : « tout le monde sait bien que j'avais une ligne différente de celle de Patrick Buisson ». Nathalie Kosciusko-Morizet avait certes écrit un livre critiquant de façon très argumentée et sans ambage, Marine Le Pen, mais justement cela donnait un aspect encore plus pernicieux à la droitisation qu’elle accompagnait sans broncher ! Les journalistes, les politiques, les quelques milliers de lecteurs de son livre savaient qu’elle jouait un rôle de composition. Mais elle le jouait si bien ! Cette aveu tardif qui s’ajoute à toutes les autres prises de distance, à droite montrent l’état de friche idéologique et stratégique dans lequel le tourbillon sarkozyste aura laissé l’UMP.

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