Vous revenez sur l’onde de choc de l’élection de Villeneuve-sur-Lot.

Oui parce la vie politique c’est comme une guerre de positions sur un vaste territoire. Et pour s’y retrouver, il faut, de temps en temps, actualiser les cartes d’état-majors. Premier constat : les deux camps (droite et gauche) sont chacun divisés en deux. A gauche, le bloc gouvernemental, autour du PS, fait face à un groupe plus petit : le Parti de Gauche et le PC, c’est à dire le Front de gauche. Quand il s’agit de valeurs, d’histoire commune revendiquée… les deux gauches sont unies. On l’a encore vu avec le mariage pour tous. Mais pour ce qui est de l’économie, la division est maintenant profonde. Du temps du PS et du PC, cette différence n’était qu’une différence de degrés, pas de nature. Plus ou moins d’Etat dans l’économie, tel était le débat interne à la gauche. Aujourd’hui ce qui sépare le PS du Front de gauche, sur ce sujet, est beaucoup plus infranchissable. Ce sont l’Europe, ses critères et l’acceptation des contraintes de la mondialisation. Le Front de Gauche propose un tout autre modèle économique. Le PC et le PS de 1981 et 1997 pouvaient gouverner ensemble. Alors que le PS et le Front de Gauche ne peuvent décemment pas gouverner de concert une France à ce point imbriquée dans l’Union européenne ! Les deux gauches ont donc toujours les mêmes grandes valeurs de référence mais sont plus éloignées que jamais par l’économie.

Convergence sur les valeurs, divergence sur l’économie… c’est aussi ce qui caractérise le paysage de la droite ?

On s’y approche ! Jusqu’ici et depuis l’apparition d’un FN à deux chiffres en 1988, la grande division entre les deux droites se faisait sur les valeurs. On ne parlait pas d’économie. L’extrême droite (du temps de Jean-Marie Le Pen) ne s’embarrassait pas avec l’intendance. Son programme économique était secondaire et d’ailleurs très flou. Ce qui faisait rempart entre droite et extrême droite n’était donc pas l’économie mais les valeurs et une vision de l’histoire inconciliables. Aujourd’hui, c’est l’inverse ! Le FN a un programme économique précis et incompatible avec celui de l’UMP. Et, à partir du moment où Jean-François Copé dit que l’UMP doit incarner une droite décomplexée, c'est à dire traiter sans complexes, donc radicalement, les questions d’immigration, de sécurité, d’identité et de mœurs, c’est qu’il y a un cousinage de valeurs, assumé avec le FN. D’ailleurs, en symétrie avec la gauche, l’opposition au mariage pour tous nous a montré cette vision commune. Le premier argument qu’utilisent les responsables UMP pour colmater l’hémorragie de leurs électeurs vers le FN, ce n’est plus (comme du temps de Jacques Chirac) celui des valeurs mais celui de l’euro ou du protectionnisme. Les paysages de la gauche et de la droite tendent à se ressembler même si les rapports de forces internes ne sont pas les mêmes. Cette symétrie devrait logiquement en entraîner une autre ! Si le PS et le Front de gauche ne peuvent pas gouverner ensemble au niveau national, ils gouvernent ensemble au niveau local (leur visions divergentes de l’Europe n’est pas un obstacle pour gérer une municipalité !) et donc si l’UMP et le FN ne peuvent pas envisager de prendre ensemble les rênes de l’Etat à cause de l’euro… pourquoi ne pourraient-il pas gouverner ensemble des collectivités locales ? Cette question est posée par le terrain…Elle s’imposera tôt ou tard aux patrons de l’UMP… c’est la réalité de la géographie politique d’aujourd’hui !

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.