Oui, ce qu’a dit Eric Ciotti, le ton, les mots qu’il a utilisé étaient édifiants sur l’état de l’UMP et sur la vision qu’ont de nombreux cadres de ce parti de la responsabilité de Jean-François Copé et de Nicolas Sarkozy. Ces cadres, ces parlementaires refusent maintenant de tenir un discours d’appareil. Pour eux, la prévarication est avérée et ils le clament. Il faut dire qu’ils auraient vraiment du mal à le nier. Mais ce qu’il y a de nouveau c’est que les langues se délient désormais à un rythme plus soutenu que celui des révélations accablantes et quasi quotidiennes. Pour la plupart des parlementaires UMP, aucun des deux protagonistes (Copé et Sarkozy) ne pouvaient ignorer ce qu’il se tramait avec Bygmalion. Bygmalion, c’est Jean-François Copé… et la campagne de Nicolas Sarkozy c’est Bygmalion. On a beau faire quelques efforts pour tenter de donner une image pas trop désastreuse de la politique et retenir nos qualificatifs, maintenant les élus UMP, et bien des militants, vont plus loin que nous dans les accusations ! Les surcoûts hallucinants de la campagne de 2012 sont dus à des caprices de star additionnés à une escroquerie de grande ampleur. Les caprices de star du candidat ayant favorisé et facilité l’escroquerie. Notre invité d’hier décrivait un univers dans lequel l’indignité le dispute à la crapulerie.

Eric Ciotti parlait ainsi avec l’aval de François Fillon ?

Bien sûr, à l’UMP, comme dans tous les partis qui ont le culte du chef, les lieutenants ne parlent pas et ne règlent pas le débit de leur mitraillette sans l’aval du patron. Dans le cas de Ciotti le patron c’est Fillon. Une répartition des rôles et des stratégies s’est naturellement installée au sein du triumvirat censé s’occuper de l’UMP jusqu’en novembre. D’un côté Alain Juppé en rassembleur accepte de rencontrer Nicolas Sarkozy pour que celui-ci s’explique (avec lui seulement, pas publiquement bien sûr). Et de l’autre, monsieur propre, François Fillon, ne parle plus à l’ancien président et visiblement le considère comme un personnage situé, sur l’échelle de la moralité et des compétences, à mi-chemin entre Al Capone et Gérard Majax. Rappelons, pour bien apprécier la classe de ce monde-là, que François Fillon était le premier ministre de Nicolas Sarkozy. Avec, en plus, l’affaire du prêt du groupe UMP au parti, les parlementaires se montrent tous plus dégoutés les uns que les autres. Mais, parlementaires, cadres locaux et militants (surtout ces derniers qui ont donné de leur temps et de leur argent quand il fallait renflouer les dépassements de compte de campagne de Nicolas Sarkozy)… tous ces gens ne peuvent finalement s’en prendre qu’à eux même ! Ce sont eux qui nourrissent cette culture du chef, ce bonapartisme, ce césarisme. Ils acceptent l’opacité qui va nécessairement avec. Avant de s’en prendre aux prévaricateurs du siège de l’UMP, ils devraient commencer, eux les militants de base, par faire leur propre révolution culturelle démocratique. On fustige les chefs de l’UMP (ils se fustigent entre eux), on plaint les pauvres militants… mais en politique et en démocratie, on a les chefs et les règles que l’on mérite !

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