Emmanuel Macron se mêle des municipales. Et, ce faisant, il agit en caricature de ce qu’il avait prétendu combattre : l’ancienne politique, l’influence à la fois retors et directe de l’Elysée, le calcul opaque sur la vie partisane.

Emmanuel Macron
Emmanuel Macron © AFP / Lewis JOLY / POOL

Les discours du candidat Macron en 2017, par lesquels il dénonçait, avec raison, les vieilles pratiques, pointaient exactement le fonctionnement du président Macron à propos des municipales. Au regard des institutions qu’il prétendait rétablir dans leur esprit, le président devrait se mêler des municipales de très loin ! 

Selon la constitution, le président n’a plus de camp… Surtout s’agissant des exécutifs locaux. Et c’est le Premier ministre, à la rigueur, chef de la majorité (parce que responsable devant le parlement) qui peut mettre les mains dans le cambouis des investitures.

Tous les présidents ont agi de la sorte ! 

Et donc, serait-il injuste de s’en prendre à celui-là parce qu’il fait comme les autres ? Non ! Il s’est fait élire, aussi sur le renouvellement du personnel politique ET de ses pratiques. 

De quoi parlons-nous ? Une commission d’investiture EM qui s’emploie à déterminer, dans chaque ville, le candidat du parti, ou avec quel candidat (sortant ou non, de droite ou de gauche), LREM s’alliera. Comme on dit à l’Elysée, ‘la majorité joue placée et pas gagnante’ pour les municipales. 

Pour les grandes villes, la commission d’investiture n’est qu’un théâtre d’ombre. Ça se décide au Palais. Pour Paris, chacun attend que le roi lève ou baisse le pouce, désigne ou bannisse. 

"Que veut Macron ?", se demandent fiévreusement les quatre ou cinq postulants sans se rendre compte que cette interrogation signe le caractère totalement bonapartiste du macronisme

Le comble de l’infantilisation politique, c’est le petit voyage de Brigitte Macron à Marseille, il y a quelques jours, pour des rencontres ciblées, en forme d’adoubement. Les deux personnalités de droite, pressenties pour remplacer Jean-Claude Gaudin (avec son accord),  ont ainsi reçu l’onction publique de l’Elysée, rien que d’avoir pris un café avec la Première dame ! Parce que, contre l’avis unanime des simples militants En marche de la ville (qui savent les turpitudes de la droite locale et l’incurie de son maire et donc la nécessité de tenter une vraie alternance), au château, on a décidé qu’à Marseille, ce serait une alliance LREM/droite. 

Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron aimait dire qu’il était de la lignée de Pierre Mendes-France, l’auteur de République Moderne. Mais, président, il s’inspire plutôt de toutes les dérives du bon plaisir politique élyséen

La conception arbitrale, pas partisane du président, selon les mots des concepteurs de la constitution, n’a, certes, jamais vraiment été pratiquée, même du temps du Général. Mais là ! À ce point de concentration à l’Elysée (et du fait aussi de l’inexistence du parti majoritaire), c’est de l’inédit ! L’inverse du président olympien doit-il être le président chef de parti ? 

Convenons que l’équilibre est dur à trouver. Au fond, c’est peut-être l’évolution des présidents sous le quinquennat et dans un modèle politique et médiatique accéléré où tout remonte forcément au sommet… Mais alors, il aurait fallu l’assumer, le théoriser et se faire élire en conséquence. 

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.