Le racisme n’a pas grand-chose à craindre de l’antiracisme tant que les antiracistes universalistes et les antiracistes différentialistes continuent à s’écharper. Deux formes d’antiracisme se font la guerre.

Ils se perdent en conjectures autour de concepts mal utilisés, vite caricaturés. 

Prenez le ‘privilège blanc’. Ce vocable fait polémique parce qu’il vient des États-Unis et que les campus américains, c’est vrai, nous exportent régulièrement  des concepts fumeux et sectaires. Là c’est plus fin : la chercheuse  américaine Peggy McIntoch avait eu l’idée d’inverser la perspective, d’étudier ce que vivent les blancs sans même s’en apercevoir. 

Un tas de questions qu’ils n’ont pas à se poser : passer n’importe quel entretien d’embauche sans avoir la boule au ventre, se  mettre à courir, tout simplement, sans craindre de passer pour un  fuyard… Bref le sentiment d’être potentiellement discriminé n’est pas, pour elle, une préoccupation quotidienne.

La république dit ‘la France ne connait pas de race’ mais est  obligé d’admettre la réalité de le discrimination envers une partie de  la population qu’elle ne peut pas caractériser sans avoir l’impression de trahir son universalisme. On ne voit pas ce que l’antiracisme  républicain perdrait à constater que, concrètement, les blancs, en France, ne sont pas exposés à la discrimination. Ce constat semble  impossible parce que ce serait essentialiser, donc réintroduire des différenciations… C’est une impasse intellectuelle.

Mais dans ‘privilège blanc’ le mot ‘privilège’ aussi pose problème aux universalistes

Oui, en France, un privilège est un abus qu’il faut supprimer, c’est la nuit  du 4 août, l’abolition des privilèges. Or ce que vivent les blancs,  l’absence de racisme quotidien… est-ce un privilège ? 

Non, c’est une situation normale qu’il faudrait  plutôt généraliser. Privilège blanc, c’est aussi une idée selon  laquelle ce qui détermine nos vies vient plus de notre couleur que de  notre action. Un blanc raciste ou un blanc antiraciste serait d’abord un privilégié parce que blanc. L’antiracisme à  l’anglo-saxonne qui se répand dans la jeunesse française, à la faveur  d’une mondialisation des causes, voudrait que les noirs aient les mêmes  avantages que les blancs, là ou l’antiracisme à la française voudrait que tout le monde ait les mêmes droits. 

Ils devraient quand  même s’entendre ! Ça n’a l’air de rien mais ça dit tout. Cette  différence décrit d’un côté une société (à l’anglo-saxonne) construite  sur le communautarisme, la valorisation des particularismes, là ou notre modèle ne reconnait que la communauté nationale. Mais notre  modèle a aussi construit des ghettos et n’a pas aboli les préjugés…  Comment en finir avec l’opposition de ces deux modèles théoriques et  transatlantiques quand il s’agit de lutter contre les discriminations ? 

La France ne renoncera pas à l’universalisme.  C’est notre identité si l’on peut user de ce paradoxe... Mais  l'universalisme ne se décrète pas ! Comment peut-il être brandi par ceux qui n’ont pas su éviter la création de ghettos, que n’importe quel républicain est obligé d’appeler ‘ethnique’ ? Les deux antiracismes  devraient s’écouter, ne plus s’invectiver parce qu’il n’y en a pas un (mis à part leurs extrémistes respectifs) moins sincère que l’autre.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.