Xavier Darcos a proposé de faire fouiller les cartables à l'entrée de certaines écoles. Depuis jeudi dernier, c'est-à-dire depuis que le ministre de l’éducation a fait cette proposition, tout le monde y va de son indignation. Du nouveau centre à l'extrême gauche. C’est la proposition type, exactement ciselée, non pas pour résoudre un problème concret de sécurité mais pour répondre à une situation politique. Si l'on relit les quelques phrases prononcées par Xavier Darcos devant les parents d'élèves de la PEEP, la fédération des parents d'élèves de l'enseignement public, on ne comprend pas comment, concrètement, s’opéreraient ces fouilles, qui serait chargé de les effectuer, dans quel cadre juridique et pour chercher quoi. Le ministre veut "une brigade de sécurité" dans les écoles. Le maire de Nice, qui est surtout un très proche du président, veut des portiques de sécurité à l'entrée de certains établissements scolaires. Si c'est pour chercher des couteaux, par exemple, alors il faudrait aussi faire repasser tout le monde sous le portique à la sortie de la cantine. Avant d'être éventuellement choquantes, ces propositions semblent d'abord impraticables. À l'évidence, leur but n'est pas d'être mises en œuvre mais de faire réagir l'opposition, de faire s'indigner les profs et les diverses associations et syndicats de gauche. Bref, de remettre la sécurité au cœur du débat afin de remobiliser (en réaction à l’indignation) l'électorat UMP. D’ailleurs, le Président de la République fera un discours jeudi prochain à Lille consacré à la sécurité. Attendez-vous à des coups de mentons d’autorité, on va nous montrer du bâton ! Il y a quelques jours, un responsable UMP, proche du président, me disait qu'il faudrait bien, avant le scrutin de juin, faire entrer les CRS dans une fac pour contenter l'électorat de droite épris d'ordre. Il se trouve que la situation des facs se normalise. On a donc trouvé autre chose (le débat sur la fouille des cartables) pour provoquer l'indignation pavlovienne de la gauche. La bonne vieille recette du chiffon rouge. Et ça marche, à proposition choquante réaction choquée. On trouve ça dans n’importe quel manuel du parfait petit chimiste. On comprend que depuis que la corrida existe, les taureaux n'aient pas réussi à se passer le mot, à se transmettre l'information selon laquelle il faut arrêter de foncer cornes baissées sur le chiffon rouge mais qu'il faut plutôt directement encorner le bonhomme en habit doré, celui qui agite le chiffon. Le jour où les taureaux auront compris ça, les toreros feront de la pelote basque et les taureaux pourront paître paisiblement. C’est quand même plus étonnant de la part de la gauche qui fonce à tous les coups tête baissée dans la muleta du torero Sarkozy. Que faire d'autre quand on est syndicaliste enseignant ou responsable socialiste face à une telle proposition ? Le PS et ses relais habituels auraient pu décider de répondre en s'interdisant toute indignation, en se contentant de demander des précisions, le détail des moyens supplémentaires qu’il faudrait, en insistant ironiquement sur l'absurdité technique de cette proposition. De toute façon, dans trois semaines, Xavier Darcos ne sera plus ministre de l’éducation et on imagine que son successeur nommera une commission sur le sujet qui conclura par un rapport avec plus de questions que de réponses. Alors les socialistes tombent-ils toujours dans le piège de l’indignation ? Ils sont peut-être plus mâlins que la caricature que je suis entrain de dessiner ! Parce qu'à bien y réfléchir, rien de mieux pour mobiliser un électorat PS qu'une bonne polémique mêlant sécurité et éducation. On pourra en juger à la nature des réactions au discours du Président-fouettard jeudi. Rassurez-vous, je ne sombre pas dans une vision purement cynique de la politique. Disons que par bonté d'âme, je privilégie l'hypothèse selon laquelle les socialistes sont un brin calculateurs plutôt que complètement idiots. C’est un pari !

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