**Alors Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn sont-ils sur la même ligne politique ?Oui, ce n’est pas clair… la semaine dernière nous recevions Martine Aubry et nous lui avions posé la question : diriez vous que Dominique Strauss Kahn et vous-même représentez la même tendance chez les socialistes. Martine Aubry, confirmait tout haut ce qu’elle ne cesse de répéter hors micro : « oui », il n’y avait pas de différence politique entre le patron du FMI et elle-même. Et puis, le lendemain, patatras ! Dominique Strauss Kahn, sur France 2, explique que l’âge légal de soixante ans, est un dogme qui sera dépassé à la faveur de l’évolution de l’espérance de vie. Martine Aubry pense que c’est un droit. Alors un dogme ou un droit ? Les exégètes Strauss kahniens rament depuis la semaine dernière pour dire que c’est pareil ! Plus généralement, Dominique Strauss Kahn développe un discours qui prône, bien sur la nécessité de réguler le libéralisme mais qui suggère aussi l’idée que la France devait s’adapter à la mondialisation. On était, lors de son interview sur France 2 (dans la philosophie générale qui se dégageait du discours du patron du FMI), on était assez éloigné de la petite musique que fait entendre, en ce moment, Martine Aubry. Alors quand on fait ce constat devant des responsables socialistes ils vous répondent immanquablement que c’est normal, c’est un effet d’optique, Martine Aubry et Dominique Strauss Kahn ne parlent pas du même endroit, ils n’ont pas la même fonction et donc, forcement ils n’entonnent pas la même musique. C’est vrai, ne pas parler du même endroit est une bonne raison pour ne pas parler toujours de la même chose mais ce n’est pas du tout une bonne raison (quand ils parlent des mêmes sujets) pour dire des choses différentes, voire opposées. Bon, et en réalité alors… ils représentent deux visions différentes ?En réalité non… ce sont tous les deux des sociaux démocrates, ils ont tous les deux été des ministres importants du gouvernement Jospin dont ils assument de la même façon l’héritage. Mais, par leur discours et leurs fonctions actuels, ils ne couvrent pas tout à fait les mêmes champs politiques. L’intérêt des deux est d’avoir une musique différente et d’affirmer que c’est la même… c’est sans doute très malin tactiquement, ça couvre large, c’est confortable pour les sympathisants qui peuvent entendre ce qui les arrange tout en étant rassurés, il n’y aura pas de guerre de chef. Seulement ça repose sur une ambigüité : à l’évidence ils ne disent pas la même chose pourtant si Martine Aubry devait accéder à l’Elysée, et vu l’état des finances de la France, il y a fort à parier que son action soit conforme, non pas à son discours actuel mais au discours de Dominique Strauss Kahn. Et il y a fort à parier que si Dominique Strauss Kahn était à la tête du PS son discours aurait des accents plus à gauche. Au fond on se demande toujours, avec le PS pourquoi le discours d’opposant et l’action du gouvernant ne sont pas plus honnêtement en adéquation. En fait on ne se le demande pas vraiment, on comprend parfaitement les supposés impératifs électoraux qui consistent toujours, schématiquement à gauchir son discours pour finir par se recentrer au moment de gouverner. Cette distorsion obligatoire est-elle due à notre mode de scrutin ? à des équilibres internes au PS, ou simplement à un manque de courage politique ou d’imagination des leaders du PS qui pensent toujours, comme l’avait théorisé, puis pratiqué François Mitterrand que, pour les socialistes, le pouvoir se prend en passant par sa gauche? En tout cas le résultat est toujours le même, la distorsion éclate au grand jour quand la gauche gouverne et c’est la désillusion envers le politique qui progresse. Et si le problème, pour une fois venait aussi, un peu des électeurs de gauche et non pas seulement des responsables, parce que finalement, le seul qui ait tenté l’adéquation entre son message de candidat et sa façon de gouverner, c’est Lionel Jospin en 2002. On connaît le résultat !**

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