Ce matin, vous allez essayer de nous intéresser à la guerre des chefs à l’UMP !

Je crains que ce soit au-dessus de mes moyens en réalité, je m’étais dit « n’entrons pas dans les querelles de personnes, derrière la concurrence Copé/Fillon il doit bien y avoir des débats d’idées à souligner »… Après tout, les deux hommes ont une histoire, des opinions : François Fillon vient du gaullisme social, c’est un ancien séguiniste, un modéré de l’ouest rural qui a changé. Il est devenu sarkozyste, puis apôtre incompris de la rigueur, parisien, futur élu du quartier le plus riche de France. Pendant la campagne de 2012, il avait l’air de goûter modérément les débats sécuritaires et identitaires suscités par le Président. Jean-François Copé, élu d’une banlieue populaire, a fait un vrai travail idéologique avec son association Génération France, il a notamment des idées sur l’école, la laïcité. Il est plutôt libéral en matière économique… Pendant la campagne on l’a découvert combatif, parfois acrimonieux, assez droitier. La question est donc de savoir sur quelles bases les militants de l’UMP auront-ils à choisir quand viendra l’heure du vote pour le prochain président de leur mouvement ? Un vote qui doit intervenir à l’automne. Pour l’instant on ne voit pas bien les contours du débat à venir tant le sarkozysme a laissé la droite essoufflée, hébétée par son dynamisme imprévisible…qui se disait invincible et qui disparu d’un coup !

Il y a pourtant des débats idéologiques qui traversent l’UMP ?

Ils n’apparaissent pas, ils ne sont pas clairs, et pourtant, je me suis donné du mal ! J’ai passé des coups de fils à mes contacts habituels à l’UMP, anciens ministres, conseillers politiques, j’ai discuté avec des adhérents sur un marché, la routine quoi. Eh bien c’est raté ! Mes interlocuteurs m’ont tous répondu avec un ton désolé que non, ce qui se profilait à l’UMP pour le remplacement de Nicolas Sarkozy n’avait rien à voir avec l’idéologie. « Les militants veulent un chef, avec comme idée principale, plus de sécurité et moins d’impôts. Point barre. Ça sera une bataille de personnes ! Faudra s’y faire » m’expliquait un cadre du parti ! Un ancien ministre, plutôt jeune, me confiait que dans ses réunions d’appartements, pour les législatives, ses électeurs potentiels l’écoutent poliment expliquer que ce serait une folie de sortir de l’Euro, que l’immigration zéro n’est pas une solution. A la fin de la conversation, les sympathisants lui répondent invariablement : « vous avez peut-être raison mais quand est-ce qu’on s’allie avec le Front National ? » La base de l’UMP n’a pas les préventions du sommet contre le parti de Marine Le Pen. Si l’UMP voulait débattre honnêtement de ce qui préoccupe vraiment son électorat et ses militants, il faudrait qu’elle débatte de ses relations avec le FN. Deux lignes s’affronteraient alors, l’une pour, l’autre contre. Ce débat est impensable parce qu’il se terminerait par l’éclatement du mouvement. Pour l’éviter et donc sauver l’UMP il faut un chef, un vrai qui s’impose, lui et ses idées, en bloc ! On a tord de chercher des débats et des clivages intellectuels… Ce sera bien une guerre des chefs, et de style. Copé en chef de guerre UMP, canonnier inlassable contre la gauche et les médias. Fillon en homme d’Etat rassembleur, non pas de l’UMP mais de toute la droite et du centre. Deux stratégies, deux représentations de l’autorité en compétition pour obtenir un brevet de leader naturel. L’atavisme bonapartiste de la droite française est toujours une réalité.

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