Une extrême gauche trotskiste relativement puissante était une particularité française depuis les années 70. Avec, ces dernières années, Lutte Ouvrière et le NPA. Leur apogée électorale fut la présidentielle de 2002 : 10% à eux deux.... 5,5% en 2007 et, la chute…1.65 en 2012. Le Front de Gauche a happé une partie de l’électorat de la gauche radicale. Il est intéressant de souligner que, sous l’impulsion de JL Mélenchon, cette extrême gauche s’est républicanisée…et donc a quitté la sphère révolutionnaire. Mélenchon fait chanter la marseillaise dans ses meetings et n’est jamais avare en drapeaux tricolores. Et puis, il y a bien sur le terme même de communisme qui devient de plus en plus anachronique… sépia, so XXème siècle. Même s’il y a une certaine injustice historique à assimiler le communisme tel qu’il a été appliqué dans le monde au trotskisme à la française, toujours critique, et qui n’a pas eu d’autre pouvoir (contrairement au PC) que celui de tribunicien, celui d’encadrer quelques luttes syndicales ou de servir de centre de formation de jeunes socialistes. JC Cambadelis, le patron réélu du PS, n’a-t-il pas était au PCI (branche dite lambertiste du trotskisme français) jusqu’en 1986, c’est-à-dire jusqu’à 35 ans ?

Mais l’extrême gauche trotskiste semble toujours vouloir rester dans son jus.

Oui, c’est plus vrai pour L.O que pour le NPA… officiellement, c’est pour se mettre à l’abri des modes politiques passagères. Mais le résultat, c’est un racornissement. Cette extrême gauche apparaît comme une grille de lecture dépassée pour traiter les injustices d’aujourd’hui. Elle perpétue (avec son vocabulaire et ses références datées) une langue qui évoque autant les dérives autoritaires et liberticides que les luttes libératrices. Le trotskisme n’a pas su profiter de la globalisation pour imposer son internationalisme, n’a pas su prendre le virage de la radicalité moderne. Les tenants d’une alternative radicale sont désormais répartis sur différents fronts, aux idéologies moins structurées. Il y a l’alternative écologique, qui est certainement, en réalité, l’une des plus radicales. Seulement, celle-ci ne peut naître d’une révolution mais d’un processus d’acceptation plus contractuel que conflictuel. Le Comité Invisible et les émules du groupe de Tarnac, les zadistes, lecteurs de l’Insurrection qui vient , adeptes d’une écologie radicale et de l’insurrection, ont une influence assez importante dans la partie de la jeunesse qui, en d’autres temps, aurait milité au sein de la gauche trotskiste. Mais ce mouvement qui mêle écologie et révolution n’a donc pas (et n’en cherche pas) de débouché politique. Dans le reste du monde, l’époque est plus au contrecoup nationaliste et au repli identitaire et religieux. Le trotskisme, qui trouvait une partie de son énergie dans l’espoir d’un mouvement révolutionnaire socialiste planétaire, est bien seul. Surtout depuis que la figure de l’activiste, qui fait rêver une partie de la jeunesse en révolte contre l’ordre établi, a plutôt les traits d’un djihadiste.

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