Le choc frontal des deux gauches…

Oui, la gauche qui est, d’après toutes les consultations électorales récentes, minoritaire dans le pays se permet pourtant un affrontement interne d’une rare intensité, qui peut aboutir à un blocage du pays. La CGT, qui n’a pas réussi à mobiliser assez massivement le peuple, use donc de sa capacité de blocage (une pratique agressive à l’usage des minoritaires) pour exiger le retrait de la loi contestée. Le gouvernement, de son côté, n’ayant pas réussi à élaborer sa loi par le biais de la négociation, (selon son principe pourtant sans cesse proclamé de pratique social-démocrate) décide de l’imposer. Il est vrai qu’il en va de son autorité. Un texte qui peut être aujourd’hui jugé utile et nécessaire par la plupart des députés socialistes mais qui n’en n’est pas moins en contradiction philosophique avec la campagne de 2012 !

2012 c’est loin quand même… 4 ans !

C’est loin mais ça reste le dernier contrat démocratique passé entre la gauche et les Français. Quoi qu’on en pense sur le fond, personne n’a jamais voté pour la politique qui est menée aujourd’hui. On notera qu’il y a encore moins de Français pour soutenir une alternative plus à gauche. Ne parlons pas d’illégitimité pour l’action de la CGT ou pour le sens des réformes du gouvernement, le mot serait trop fort, mais il y a quand même un problème démocratique dans le fait de voir deux forces (dont aucune ne peut se prévaloir d’être majoritaire) s’affronter sur le dos de l’ensemble du pays en se reprochant mutuellement de n’être qu’une minorité agissante au détriment de l’intérêt général. La CGT se montre intraitable, veut encore durcir le mouvement, le Front de Gauche la soutient et les socialistes parlent exactement comme la droite, avec les mêmes mots « prise d’otages des usagers ». Emmanuel Macron prône la modération salariale et dit aussi tranquillement qu’il faudra aller plus loin que la loi El Kohmri. L’élastique de la gauche n’a jamais été aussi tendu et menace de péter à la figure de tous les Français ! Cette situation semble condamner par avance la stratégie du Président qui entend, pour 2017, incarner le point d’équilibre de toute la gauche. Cette gauche prise dans son ensemble n’existe plus. Il y a maintenant clairement deux gauches qui paraissent irréconciliables, sauf à vouloir berner les électeurs en inventant, encore une fois, un discours de synthèse de façade. C’est mathématique, géométrique… il ne peut pas y avoir UN point d’équilibre de DEUX surfaces séparées. Si la gauche (dans son ensemble… dans son petit ensemble) voulait passer son tour pour 2017, elle ne s’y prendrait pas mieux. Pendant ce temps-là, la droite est en train de faire un diagnostic froid et imparable : pour réformer, il faut se faire élire sur un programme claire, tranchant… et utiliser sa légitimité toute fraiche pour mettre en œuvre des idées autrement plus radicales, à coup d’ordonnances, de blitzkrieg parlementaire, ou même de référendum. Gauche et droite, politiques et syndicales, semblent donc s’être donné le mot pour reporter, encore et encore, la modernisation pourtant si nécessaire, de notre façon de réformer et de gouverner.

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