La CGT va donc défiler demain avec La France Insoumise. Pourquoi ce changement de stratégie du syndicat ?

Samedi la CGT va défiler dans une manifestation politique
Samedi la CGT va défiler dans une manifestation politique © AFP / Hans Lucas / Greg Looping

En réalité ce n’est pas un changement de stratégie de la direction de la CGT, c’est le résultat d’un vote des Unions départementales qui a décidé de cette participation. La direction du syndicat n’est pas ravie mais la base en a décidé ainsi. Philippe Martinez, pour bien différencier les rôles de chacun (syndicats et partis), avait déclaré, lorsqu’il avait été décidé que la CGT ne participerait pas à la première manifestation dite de la "fête à Macron", le 5 mai dernier, que son but n’était pas un changement de président de la République.

Aujourd’hui, donc, sur la pression de sa base, la CGT change de stratégie. Ça n’a rien de problématique d’un point de vue démocratique. Qu’un syndicat et un parti cheminent ensemble, ça se fait dans la plupart des grandes démocraties. Et même si la CGT a toujours proclamé son indépendance de fonctionnement, elle a, en fait, longtemps été quasi organiquement liée au Parti Communiste, pour le bien, d’ailleurs, des deux organisations. 

Entre 1947 et 1996, c’était le Comité Central du PC qui choisissait le patron de la CGT. En 1996, donc, Louis Viannet a mis fin à cette pratique. L’argument était vertueux. Il s’agissait pour le syndicat de gagner en indépendance. Ce subit besoin d’autonomie correspondait surtout à l’effondrement de l’influence du PC dans un contexte d’agonie du communisme. La CGT ne voulait plus lier son sort au boulet communiste. 

La situation a changé

Aujourd’hui il y a la France insoumise une force qui domine la gauche et dont le chef apparaît aux yeux des Français comme le premier opposant au macronisme. Il est donc temps de recréer un partenariat, ponctuel bien sûr, avec un parti politique en forme. La base de la CGT vote très largement pour LFI et pousse à cette convergence. D’autant que les luttes sociales, en ordre politique et syndical dispersé, tiennent dans la durée, en ce moment, mais ne sont ni massives ni efficaces. Les réformes passent. Même quand la majorité des Français est contre une réforme (ce qui est le cas pour celle de la fonction publique mais pas pour celle de la SNCF), une plus grande majorité encore s’oppose à ceux qui contestent les réformes. 

Il apparaît donc maintenant aux cégétiste qu’il faut faire masse

La mobilisation de demain est un test. A la direction de la CGT, on est quand même inquiet des prétentions démesurées de Jean-Luc Mélenchon de faire défiler un, voire deux millions de Français ! Mais à ce stade de la contestation et compte tenu de l’intransigeance (ou de la fermeté) du gouvernement, la CGT serait apparue mauvaise camarade de ne pas battre le pavé avec LFI. Ce pôle de contestation dur n’est pas pour déplaire au Président et au Premier ministre. Pour eux, c’est une coalition des râleurs, de nonistes perpétuels. Emmanuel Macron réédite la vieille stratégie du miroir "Gaullo/Coco", comme disaient, goguenards, les stratèges du Général. Les deux parties bénéficiaient de ce face à face dans un jeu de rôle qui perpétue cette culture d’affrontement de nos relations sociales, avec laquelle Emmanuel Macron prétendait pourtant vouloir (ou pouvoir) rompre.

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