Gérald Darmanin dépose plainte contre Audrey Pulvar.

Et demande à la justice de se prononcer sur les propos de la tête de liste socialiste en IDF, qui avait qualifié la manifestation des policiers devant l’Assemblée de ‘glaçante’, et sur une série de propos passés, sur le racisme dans la police. Cette plainte est une faute à tout point de vue. Juridique, démocratique, et tactique. Il n’y a rien à sauver. 

  • Juridique d’abord : la plainte sera très certainement irrecevable. Les propos d’Audrey Pulvar sont des jugements de valeur politiques, qui excluent la diffamation ou l’injure. Son opinion sur les dérives d’une partie de la police est une contribution, d’ailleurs assez partagée, au débat. De plus, la période électorale ajoute des protections juridiques. 
  • Démocratique : en judiciarisant le débat politique, le ministre de l’Intérieur garant de la bonne tenue des élections, instrumentalise la justice. 
  • Sa plainte n’est, finalement, qu’un procédé rhétorique, une plainte performative. Et ça se voit ! Richard Ferrand, le président de l’Assemblée ne disait-il pas, en novembre dernier, devant l’afflux de plaintes contre l’Etat dans le cadre de la gestion de la pandémie, que "la vie démocratique ne pouvait pas avoir le juge comme arbitre systématique"

Et la faute stratégique ?  

La campagne d’Audrey Pulvar était poussive. La gauche, divisée et faible, n’a, sur le papier, aucune chance de l’emporter en IDF. Mais surtout, un macroniste ne devrait pas oublier que dans onze mois, il faudra peut-être demander à la gauche d’aider le président sortant, encore une fois, à battre le RN ! Ça commence mal ! Sans doute –il faut bien trouver une raison à une telle sottise - sans doute Gérald Darmanin veut-il montrer à Emmanuel Macron qu’il est le seul à pouvoir maintenir le lien distendu avec la police ! Mais à quel prix ! 

Le premier Ministre et le président sont "consternés", témoigne un très proche d’Emmanuel Macron. Mais la consternation du président (dont il est en définitive premier responsable) n’est qu’un retour de bâton de cette stratégie de suivisme des syndicats policiers les plus radicaux. Ne pouvant accéder aux revendications anticonstitutionnelles, Gérald Darmanin tente d’apprivoiser la frange de l’extrême-droite policière, tel un cavalier débutant chevauchant un tigre. Il est obligé d’en rajouter dans l’indignation, de sur-jouer l’offense, l’outrage. Si le président n’a pas voulu ou su établir une nouvelle politique urbaine, de sécurité, s’il n’a pu ou su entamer la politique de dé-ghettoïsation promise, ce n’est pas en relayant (sans la régler) la colère des policiers les plus radicaux qu’il s’attirera leurs bonnes grâces. 

L’idée selon laquelle le ministre de l’Intérieur est le premier-flic-de-France fait décidément fantasmer tous les politiques qui rêvent de se fabriquer une stature régalienne à peu de frais à Beauvau. La pente sécuritaire est savonneuse, si vous vous y engagez par pure stratégie, vous êtes entrainé sans freins. Et en bas du toboggan… vous êtes accueillis par les syndicats de police les plus sonores, pour lesquels vous n’aurez jamais été assez loin… et par le RN, qui, lui, proposera toujours d’aller plus loin que ce que la décence démocratique et l’Etat de droit vous autoriseraient.

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