En perturbant la cérémonie de départ de la flamme olympique, hier, des militants de Reporter Sans Frontières ont publiquement posé la question de la présence des démocraties occidentales aux JO de Pékin. Olympisme et politique, une vieille histoire ! 1er août fin d'après-midi, 200 athlètes français pénètrent dans le stade olympique. Pantalon blanc, béret vissé sur la tête. En passant à la hauteur de la tribune officielle, tous, comme un seul homme, lèvent le bras droit, sur le côté. C'est le "salut de joinville", salut olympique. Ce salut est l'objet d'une terrible méprise. Dans le stade, 100 000 personnes répondent chaleureusement par le salut nazi, bras tendu, droit devant. Hitler exulte... Nous sommes en 36, aux JO de Berlin. Le geste des Français est un malentendu mais il dit finalement toute l'ambiguité de la présence française à ces jeux organisés par et pour un régime qui s'apprête à écraser l'Europe de sa puissance. Quelques minutes plus tard, les Américains effectueront, eux, leur tour de piste la main sur le coeur, tournés vers leur drapeau. Première action symbolique, déjà de contestation. La scène est racontée par Fabrice Abgrall dans son livre "1936, la France à l'épreuve des jeux olympiques de Berlin." En 1936, Hitler fait perdre à l'olympisme sa virginité. Enjeu de pouvoir, affirmation d'un régime, le sport n'a jamais cessé depuis d'être l'instrument des politiques. Alors aujourd'hui, pas question évidemment de faire un parallèle historique entre l'Allemagne d'hier et la Chine d'aujourd'hui. Cela n'aurait aucun sens. En revanche, depuis Berlin, ce sont toujours les mêmes questions qui se posent lorsque les JO se déroulent dans un pays dont la politique intérieure ou étrangère est contestée. Y aller ou boycotter ? Comment protester ? Avec derrière, la question de l'efficacité. Vaut-il mieux tendre la main et espérer voir déferler grâce à l'extraordinaire médiatisation du sport toutes les valeurs occidentales que l'on cherche à promouvoir ? Ou vaut-il mieux dresser un cordon sportif et politique pour isoler ce pays ? L'histoire de l'olympisme est parcourue de ces tentations : le poing ganté de noir, dressé des coureurs américains à Mexico en 68 contre la ségrégation raciale, le boycott des Africains en 76 pour dénoncer l'apartheid, le boycottage encore à l'initiative des Etats-Unis des jeux de Moscou en 80 contre l'invasion de l'Afghanistan. Gestes symbolique forts, parfois "réveilleurs" de conscience notamment lors des cérémonies d'ouverture, mais ont-ils jamais fait avancer l'histoire ? Aujourd'hui, le débat est là, posé à la conscience des démocrates occidentaux. Concourrir à Pékin en août, comme en a décidé le CIO et lui seul, vaut-il soutien au régime chinois et à sa répression au Tibet ? Comme à chaque fois, les sportifs cherchent le moyen de ne pas être otages d'une politique qu'ils contestent : ruban vert, tatouage du drapeau tibétain, défilé la main sur le coeur ? Comme à chaque fois, les responsables politiques sont partagés. Défense des valeurs contre intérêts diplomatiques. Avec la Chine, il ne s'agit pas de guerre et de paix, mais d'intérêts économiques. Rapide retour en 36 : avant de prendre la tête d'un gouvernement de front populaire, Léon Blum, était POUR le boycottage des jeux de Berlin, tout comme son futur secrétaire d'état au sports, Léo Lagrange, arrivé au pouvoir. C'est pourtant eux qui prirent la décision d'y participer, première grande décision de politique étrangère, marquée par l'espoir fou que la guerre avec l'Allemagne était évitable. Léo Lagrange arriva juste à conditionner Berlin à l'octroi d'une aide financière quasi équivalente aux contre jeux olympiques de Barcelone. Bernard Kouchner, c'est un peu le Léo Lagrange d'hier... Plein de convictions sur le boycott avant, avalant la réal politique après, même si l'histoire n'a pas forcément donné raison au premier. Aujourd'hui, Nicolas Sarkozy répète que le boycottage n'est pas la bonne solution. Il appelle Pékin au dialogue et Rama Yade propose ce matin de recevoir le Dalaï Lama. Le président français préfère compter sur la carte diplomatique, et pourquoi pas sur son futur statut de président de l'union européenne pendant ces JO de Pékin, pour infléchir le régime chinois. La contestation olympique a souvent montré ses limites. Elle a le mérite parfois, de donner l'occasion à la politique de reprendre ses droits. _____LIVRE : « 1936, la France à l'épreuve des jeux olympiques de Berlin », co écrit par Fabrice Abgrall et François Thomazeau, paru chez Alvik, co-édité par France Inter.

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