Le discours de Nicolas Sarkozy, hier soir, devait apporter une réponse à la journée de grève de jeudi dernier. Alors quelle est cette réponse ? C'est une réponse que l'on nous vend comme didactique mais qui est en fait très politique. Le Président parlait après une mobilisation massive mais une mobilisation aux revendications très générales, qui a nourri une contestation assez large. Il n'y avait pas, jeudi dernier, de demande précise, pas un texte de loi à retirer en particulier. C'était un appel assez nébuleux, c'est vrai, et donc très politique. Nicolas Sarkozy était d'ailleurs la cible des manifestations. C'est donc une réponse politique à une mise en cause politique. C'est d'ailleurs tout à fait significatif que le chef de l'Etat ait choisi de faire son discours dans le fief de secrétaire général de l'UMP, devant des militants de l'UMP. Le but était, tout simplement, de remobiliser ceux qui ont voté pour le candidat UMP en mai 2007. Pour cela, l'ex-candidat a tenu un discours offensif. Nicolas Sarkozy a ainsi opposé ceux qui ont manifesté à ceux qui n'ont pas manifesté (cette majorité silencieuse, a-t-il dit), oubliant au passage que 78% de la population avait de la sympathie pour le mouvement de grève. Il a rappelé les notions d'effort, de travail, de mérite, son aversion pour l'assistanat et je cite, « l'égalitarisme » qui nuit à la liberté et à l'initiative. Voilà pourquoi il ne reviendrait pas sur le bouclier fiscal. Il a également évoqué l'insécurité et promis de sanctuariser les établissements scolaires par une nouvelle loi. Voilà pour le clivage gauche droite, le « avec ou contre moi » que Nicolas Sarkozy a voulu réactiver afin de rappeler leur choix à ceux qui l'ont porté au pouvoir, il n'y a pas si longtemps. C'est un exercice classique de candidat ou de... premier ministre, c'est-à-dire de chef de la majorité (mais là, on y est habitué maintenant) c'est Nicolas Sarkozy le chef de la majorité. C'est d'ailleurs lui qui prend tous les coups ! Mais son discours avait aussi un but rassembleur. C'est l'exercice impossible et contradictoire en effet de tout candidat à l'élection présidentielle. Avec Nicolas Sarkozy on a, en permanence, l'impression d'être en campagne présidentielle ! C'est déjà dur pour un candidat, mais c'est acrobatique pour un président en exercice qui doit aussi être le Président de tous les Français ! Examinons le côté rassembleur. Nicolas Sarkozy a affiché son pragmatisme, répété que dans cette crise, aucune solution ne serait écartée pour des raisons idéologiques. C'en est fini de Keynes ou de Milton Friedmann, de la gauche de la droite ou du centre. La crise a ceci de positif qu'elle nous libère des catéchismes. Voilà ce qu'a proclamé le Président avec les accents volontaristes dont il a le secret. Enfin, il y a le passage assez étonnant sur les rémunérations outrancières des patrons. Pas de projet de loi en vue (une loi est éventuellement envisagée à l'automne sur le partage des profits mais rien sur les stocks options ou les parachutes dorés). Pourtant, plusieurs fois déjà, même pendant la campagne et au moment de la mise en place du fameux comité d'éthique sur les pratique patronales, le Président avait marqué son exaspération et promis que l'état prendrait ses responsabilités le cas échéant. Là, il semble bien que le cas est échu (c'est la semaine de la langue française !) et toujours pas de projet de loi annoncé par le Président sur ce thème précis. C'est un mystère surtout que l'UMP et certains ministres réclament une telle législation. On a l'impression que l'on en est au Nième « trop c'est trop ». Vous savez c'est un peu la goutte d'eau qui met le feu aux poudres ou l'étincelle qui fait déborder le vase... ça ne marche pas !

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