**Depuis dimanche et le taux d’abstention record, à droite comme à gauche, c’est la même interrogation angoissée : comment reconquérir le vote populaire ?Oui, le vote populaire, voilà le sésame qui fait gagner ou perdre une élection. Tous les hommes politiques, tous les stratèges qui composent les aréopages de nos dirigeants sont taraudés par cette quête : comment retrouver le vote populaire ! Cette fameuse catégorie recouvre ce que les sondeurs et les statisticiens désignent sous l’horrible acronyme « CSP-moins », les ouvriers, les employés, les chômeurs. On peut y ajouter les retraités pauvres, des étudiants, des précaires, des femmes seules avec enfants dont le métier les aurait classés dans la classe moyenne mais qui ont vu leur situation se dégrader avec la hausse des loyers, de l’essence, la stagnation des salaires. On peut y ajouter bien des agriculteurs qui ont vu fondre ou même disparaître leur revenus ces dernières années. Ça fait du monde. Les catégories populaires n’ont pas beaucoup voté aux régionales. 67% des ouvriers et employés ne sont pas allés voter au premier tour alors que le taux d’abstention pour l’ensemble des français était de 53%. Parmi les CSP-moins qui ont voté au premier tour 31% ont choisi le PS, 21% l’UMP et 16%le FN. Même si c’est très relatif, les socialistes ne font pas un si mauvais score que ça auprès des classes populaires et c’est clairement l’UMP qui n’a pas su mobiliser cet électorat qui avait contribué à l’élection de Nicolas Sarkozy en mai 2007. Si les responsables politiques écoutent les communicants, les sociologues ou les sondeurs, ils ont de quoi être désorientés : on parle de volatilité (un terme venu –non pas de l’étude des poules- mais de la finance, qui évoque une très grande variabilité des cours) donc une « volatilité » de l’électorat populaire, on parle de la fin du vote de classe, les universitaires en troisième cycle de science PO disserteront sur la « dé-sa-ffiliation » partisane des ouvriers ou de « l’hétéro-gén-éité » de cet électorat, les pro de la com’ diront la même chose en parlant de « zapping électoral ». De quoi donner le tournis à tout présidentiable qui veut capter le vote populaire. Les spécialistes de l’opinion gavés aux sondages qualitatifs se crêpent le chignon sur la question de savoir si les thèmes du pouvoir d’achat et de la sécurité sont vraiment les premiers ressorts du vote des classes populaires ou s’il faut avant tout leur vendre une histoire, le destin de la nation, une espérance, le fameux « story telling ». Certains prétendent qu’il faut d’abord donner l’impression aux classes populaires qu’elles sont pleinement intégrées à la nation, qu’elles y ont leur place alors que le sentiment du déclassement (facteur d’exclusion civique) progresse. Bref en lisant les rapports, les enquêtes, les études consacrées à la question fondamentale du vote populaire, en entendant tous ces termes (volatilité, dé-sa-ffiliation) on a le désagréable sentiment d’être en ethno-zoologie plutôt qu’en politique. Et c’est là que l’on mesure le divorce entre le monde politique, au sens large et la plus grande partie de la population française. Pourtant en 2007, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal avaient réussi à mobiliser cet électorat… ? Oui, justement, ils avaient fait l’un et l’autre ce constat lucide du divorce entre la société politique et les catégories populaires. Ils en avaient conclu, chacun dans son style, qu’il fallait sacrifier à un certain « populisme ». « Populisme » n’est pas en soi un terme négatif, ça ne veut pas forcement dire « extrémisme ». « Populisme » c’est s’adresser directement au peuple en évitant les corps intermédiaires (la presse, les partis, les syndicats, les associations), parfois même en les fustigeant, c’est la pente négative du populisme. Le taux de participation exceptionnel de 2007 prouvait qu’ils avaient raison et l’on parlait du « retour du politique ». Mais le problème du populisme c’est qu’il se pratique avec de fortes affirmations et des vérités souvent trop simples. Ça ne résiste pas longtemps à la réalité du pouvoir et de la crise. C’est ce que subi le président aujourd’hui.**

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