Vous revenez sur ce week-end où la politique a perdu ses nerfs !

Oui et où ceux qui se présentent comme des modérés se sont perdus dans des postures d’extrémistes. D’abord, sur la foi d’une mauvaise dépêche AFP qui faisait dire à Jean-Luc Mélenchon que Pierre Moscovici « ne pensait pas français mais finance internationale », certains socialistes et aussi Jean-François Copé ont actionné l’horrible point Godwin pour renvoyer le discours de Mélenchon à l’entre-deux-guerres. Il faut dire que le patron du Front de gauche utilise souvent un discours, désuet et équivoque qui ressemble à du nationalisme économique. Quant à pousser l’accusation jusqu’à un supposé antisémitisme de Mélenchon, c’est une aberration coupable. C’est vrai que côté outrance le Front de gauche n’y était pas allé dans la dentelle : François Delapierre avait parlé de Moscovici, comme l’un des 17 salopards. Référence à un vieux film, plutôt qu’à une vielle guerre mais avec un peu glorieux aspect ad hominem (« Moscovici, il a un nom et une adresse », disait il) comme pour pointer un « social traître ». Cette violence politique s’est aussi manifestée à propos de la mise en examen de Nicolas Sarkozy. Il y a bien sûr la qualification de cette mise en examen (ça c’est au juge d’en décider et de démontrer que c’est une violence justifiée) mais surtout la violence des réactions des soutiens les plus proches de Nicolas Sarkozy. Henri Guaino, pourtant si attaché à l’autorité de l’Etat et à la solidité de nos institutions, a mis en cause les magistrats en général, avec une véhémence disproportionnée. Cette façon de développer la théorie du complot et d’affirmer, vert de rage, que le juge est forcément partial ou manipulé, est certainement plus corrosive pour la cohésion nationale (le fameux « vivre ensemble ») que bien des excès de langages qui proviennent des bordures de l’échiquier politique.

Et puis il y a eu la manifestation anti mariage homosexuel.

Oui, et outre la violence intrinsèque d’une manifestation qui demande la non extension d’un droit, il y a la violence des responsables politiques ! Henri Guaino, décidément très en forme, généralement l’ami de la raison, semblait hier vouloir se caricaturer en CGT cheminot en participant au gonflage invraisemblable des chiffres d’une manif, par ailleurs réussie. Pendant qu’un gentil garçon, d’ordinaire mesuré comme Laurent Wauquiez s’insurgeait avec les mêmes trémolos indignés que Christine Boutin, sur le mode « on a tiré sur nos enfants ! » Il parlait du très classique jet, par aérosol de gaz lacrymogène sur ceux qui jouent avec les limites d’une manifestation négociée avec la préfecture. La droite découvre la saveur du lacrymogène et les règles de base des manifestations de rues… par exemple : quand on veut déborder la police, on n’emmène pas ses enfants. Et à la fin de ce week-end, pendant lequel les modérés s’étaient encanaillés à jouer les extrémistes, eh bien Marine Le Pen et sa candidate locale, sans rien dire, ramassaient la mise dans la législative partielle de l’Oise en n’échouant qu’à 800 voix ! On ne saurait trop recommander à ceux des modérés qui sont en train de péter les plombs de se pencher sur « la civilisation des mœurs » de Norbert Elias, un philosophe Allemand qui considérait que l’un des traits de la civilisation, c’est la maîtrise des pulsions et des emportements. En politique ça passe par le raffinement et la mesure dans le langage. Spéciale dédicace à Henri Guaino qui nous écoute tous les matins.

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