Ce matin, question autour de l’opération Sentinelle.

Oui, l’opération Sentinelle c’est l’engagement de l’armée, au lendemain des attentats du 7 janvier 2015, sur le territoire, pour sécuriser les lieux publics les plus sensibles. Entre 6000 et 10.000 soldats, en permanence dans les gares ou devant des édifices religieux. Il ne s’agit, en réalité, que de réassurance psychologique de masse. Les militaires acceptent de bonne grâce cette mission à un moment dramatique pour la population. Même si ça devient très tendu, si des congés sont annulés, la hiérarchie de l’armée a compris que grâce à ces missions, le gouvernement assure un inespéré maintien des effectifs et une sanctuarisation des budgets militaires. Mais l’armée n’est pas faite pour le maintien de l’ordre intérieur. Quelle est la bonne chaine de commandement ? Civile ou militaire ? Ils ont des armes de guerre, dans quels cas peuvent-ils tirer ? Les règles applicables aux policiers devraient-elles être valables pour les soldats ? En réalité l’implication des militaires à l’intérieur de nos frontières, qui peut paraître sympathique et rassurante, peut aussi, potentiellement s’avérer dangereuse.

Pourquoi dangereuse ?

D’abord parce que c’est une illusion. On se sent rassuré quand on voit des militaires patrouiller mais ça n’a que très peu d’efficacité opérationnelle, c’est, comme le souligne le Général Bosser, chef d’état-major de l’armée de terre dans un article d’une revue spécialisée, « une ligne Maginot » post Charlie. Pour ce haut gradé, le 13 novembre aura été un nouveau Sedan. En claire, l’armée sur le territoire rassure mais ne sert à rien. Mais si ce n’était que cela ! L’opération sentinelle est officiellement temporaire et exceptionnelle, seulement –bien qu’inefficace- avec une opinion angoissée et une opposition en permanente surenchère sécuritaire, quel 1erministre prendra le risque de l’interrompre et d’être accusé de baisser la garde. Alors qu’un attentat n’est pas la faillite d’une opération Sentinelle mais un échec du renseignement et de la police. Les militaires sont donc sur le terrain et un jour, après un nouvel attentat (dont personne ne doute qu’il aura lieu), voilà comment le débat peut tourner (on le voit poindre) : on dira « tant que les militaires sont là, pourquoi ne pas les utiliser pour faire des opérations de police, du renseignement intérieur, du contreterrorisme ? » C’est tellement plus facile d’utiliser des militaires disciplinés, plus carrés que la police, avec ses chapelles et ses syndicats et elle-même débordée. Et comme le terrorisme est étroitement lié au banditisme, le risque c’est la pente, et la confusion vers la tentation du maintien de l’ordre intérieur par l’armée. Aujourd’hui les généraux n’en veulent pas. Ils connaissent les risques (la majorité d’entre eux du moins) d’une bataille d’Alger dans les quartiers sensibles. Rien ne serait plus dramatique et explosif. Mais les politiques ? Qu’en serait-il après une attaque particulièrement sanglante, une opinion chauffée à blanc, une extrême droite dopée par les évènements ? C’est à l’Etat –il se penche sur la question en ce moment- de mieux définir le contour légal de l’engagement des militaires dans la lutte anti-terroriste sur le sol français. Et c’est à nous aussi, à la presse, aux citoyens, de cesser de réclamer toujours plus de patrouilles visibles, rassurantes mais dérisoires…!

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