Oui et c’était un discours des plus classiques, un discours de Premier ministre de droite la Cinquième République, sans éclat, sans excès, sans outrance. On se disait que François Fillon était venu de Matignon à l’Assemblée en DS ou…allez, peut être en R25, pour être à l’heure sur F-R-3. C’était, en fait le retour du bon vieux job de Premier ministre. Il y a quelques mois, nous l’aurions écouté d’une oreille un peu distraite ce discours, sachant que, de toute façon, François Fillon représentait une corporation, la confrérie des premiers ministres à classer avec celles des gardes-barrières, des rémouleurs et des allumeurs de réverbères, parmi les fonctions d’antant avec leur charme désuet. Parce qu’il y a encore quelques mois, il se disait beaucoup que maintenant le Président se devait d’être au devant de la scène, animant l’action de l’exécutif au jour le jour. Plus besoin de premier ministre, c’était ça la modernité. Ce nouvel attelage c’était l’hyper président et son collaborateur. Puis, dans cette époque de zapping généralisé, on avait donc fini par enterrer l’hyper présidence aussi vite qu’on l'avait instituée en s’apercevant qu’il ne devait rien à une évolution institutionnelle mais qu’il devait tout à la façon de gouverner et de communiquer de Nicolas Sarkozy. On était donc passé au concept d’hyper premier ministre puisque François Fillon avait réussi à imposer sa reconduction à Matignon et à former son gouvernement RPR. Du coup on a écouté le discours d’hier pour y déceler les mots du nouveau vrai détenteur du pouvoir ! Et il faut bien dire que l’impression qui s’en dégage c’est que le charisme naissant de François Fillon a certainement beaucoup plus à voir avec l’image déclinante de Nicolas Sarkozy qu’avec un souffle nouveau émanant du Messmer de la Sarthe. On a pu déceler ça et là (parce qu’on est payé pour les chercher) quelques petits mots destinés à se différencier de Nicolas Sarkozy : par exemple le mot « rigueur » est répété et assumé ou bien « ce gouvernement, ce n’est pas le choix de l’apparence » ou « il ne s’agit pas d’improviser un schéma insolite »… « Refusons la politique des à-coups »… bref du classique, du loden, du bleu marine et du gris. La rupture est oubliée, enfouie sous des phrases aussi contraires au sarkozysme originel que : « je crois à la durée et à la sérénité ». Jean-François Copé, qui pouvait voir en François Fillon un risque pour ses ambitions présidentielles, peut être rassuré : François Fillon ne sera pas un leader charismatique pour les parlementaires UMP : rigueur budgétaire, orthodoxie, volontarisme pondéré par un réalisme un peu plombant, il est sérieux, très contrôlé. Rassurant pour les uns, rasoir pour les autres, les deux pour beaucoup à voir les applaudissements nourris (mais pas plus) des députés UMP.

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