Ce matin vous faîtes carrément le tour du spectre politique : un paysage dévasté !

Oui, puisque la mode lancée par le premier ministre est de tout remettre à plat… Allons-y pour avoir une vue globale du paysage politique. On se rend vite compte que la fonction de représentation des partis est grippée. L’actualité économique et sociale, l’émergence de mouvements d’humeur de la société montrent que l’activité politique du pays se déroule sur deux plans hermétiquement séparés. Il y a l’activité institutionnelle, les congrès, la vie des partis, les débats parlementaires, qui se déroulent dans une indifférence quasi-générale (qui sait exactement – dans le grand public - quels sont les textes discutés au parlement en ce moment même ?). Parallèlement, des thèmes émergent dans le débat public, comme des bulles qui éclatent à la surface d’un mauvais bouillon. Ces bulles ont parfois un rapport avec l’activité institutionnelle, un projet de loi contesté, par exemple… mais les partis n’arrivent pas à s’en emparer.

Ceux de la majorité n’arrivent pas à défendre l’action d’un gouvernement à ce point impopulaire… ou plutôt, ils ne le veulent pas vraiment ! Voyez le peu d’empressement du PS à soutenir le projet de remise à plat de la fiscalité proposée par le premier ministre. Voyez d’ailleurs le peu d’empressement qu’avait manifesté Jean-Marc Ayrault (pourtant chef de la majorité) pour associer, ou même simplement informer le PS de cette initiative avant de la rendre publique… Le résultat c’est que l’unité affichée –sur ce sujet comme sur bien d’autres- est feinte. Ceux qui sont chargés de raconter la vie politique (c'est-à-dire nous, les journalistes) nous sommes témoins de ce double discours. Du coup ce que l’on raconte n’est que le récit des vastes hypocrisies. Des récits qui ne font qu’accroître la dichotomie entre la réalité des débats de la société et leur représentation.

L’opposition n’est pas en phase non plus avec les colères qui s’expriment dans le pays.

Non, les organisations professionnelles et syndicales n’arrivent pas à relayer les mécontentements de façon satisfaisante.... L’UMP, de son coté, est obligée de tenter d’accompagner des combats qu’elle n’a pas choisis (le mariage pour tous ou la contestation de l’écotaxe) elle le fait donc mal, d’autant que son président, qui a été élu de façon douteuse sur un programme ambiguë, connaît un fort déficit de légitimité. A l’extrême droite le FN manie les concepts extrémistes en les maquillant de républicanisme et de laïcité…Son discours national ne correspond pas à ce qu’il est. Ça commence à se voir… Résultat, le parti de Marine Le Pen a du mal à constituer des listes pour les municipales et risque d’être absent de nombreuses villes, faute de candidats fiables. De son coté, le Front de Gauche développe des thèmes d’oppositions qui ne sont pas ceux qui font descendre les manifestants –en camion, en tracteur, à cheval ou en famille- dans la rue depuis 18 mois. Bref, tout se passe comme s’il y avait une inadéquation générale entre la population, les dirigeants politiques (ou aspirant à l’être) et les corps intermédiaires. La crise du consentement à l’impôt n’est pas simplement une réaction d’acteurs économiques c’est aussi une manifestation de cette éclatante crise de la représentation politique. L’absence de projet de réforme institutionnel de la gauche au pouvoir apparaît, du coup, aujourd’hui comme un manque criant, un oubli déterminant dans le programme de François Hollande.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.