Vous avez, bien sûr, regardé le dernier débat de cette primaire… Et le premier de l’ère post Sarkozy.

Oui et, ce constat qui saute aux yeux : la droite sans Nicolas Sarkozy, c’est moins divertissant, mais c’est quand même plus sérieux et plus apaisé ; un peu techno peut-être. J’ai regardé le débat hier soir ici avec Nicolas Demordand et je lui emprunte ce mot : « c’était la techno parade » disait-il ! Techno pour technocratie bien sûr. En même temps on ne peut pas reprocher un jour aux politiques l’emporte-pièce, le slogan facile, la provocation clivante et, le lendemain, quand ils débattent sérieusement, avec des arguments rationnels et chiffrés, critiquer leur ton ennuyeux. D’autant que sur le fond, ce débat était intéressant, notamment sur le financement de la protection sociale, sur la faisabilité des plans drastiques de réduction du nombre de fonctionnaires. On a bien vu la différence d’approche des deux hommes sur la façon dont il faut s’y prendre pour réformer. Un peu à la hussarde, dans les premiers mois de sa présidence pour François Fillon, ce qui donnerait un coup de grâce à la démocratie sociale, il est vrai déjà moribonde, au moins au niveau national. Sauver les apparences de la démocratie sociale semble être en revanche l’ambition d’un Alain Juppé plus soucieux de ne pas trop fracturer une société fragile, plus attentif aussi à la faisabilité de ce qu’il avance.

Sur les questions de société, la différence entre les deux hommes n’a pas fourni le clash annoncé…

Non, François Fillon a pu confirmer, par exemple, qu’il ne toucherait pas à la législation sur l’avortement et n’a pas du tout mis (comme certains pouvaient le croire) sa foi, en avant. Même la réforme de l’adoption plénière par les couples homosexuels semble déjà enterrée, puisque lorsqu’il lui a été fait remarquer que ce serait inconstitutionnel, il en a convenu. François Fillon a même eu cette phrase… une position que l’on n'entendait plus à droite depuis longtemps, tant la pression du thème sécuritaire imposée par Nicolas Sarkozy était forte, François Fillon a donc dit ceci : « le problème de la délinquance des mineurs c’est la prévention ! » « Prévention ! » un mot redécouvert par la droite hier ! Hier, l’économie primait sur le sécuritaire et surtout l’identitaire et le sécuritaire ! et c’est un changement notable. Cela ne veut pas dire que François Fillon ou Alain Juppé ont abandonné ces thèmes mais cela veut dire qu’ils ont regardé de près qui avait voté dimanche dernier : les classes moyennes, informées et éduquées, une droite plutôt bourgeoise, conservatrice mais qui ne supporte pas que l’on sur-utilise les thèmes fétiches de l’extrême droite. Ce que l’on appelle la droite populaire a dédaigné les primaires. Pour l’instant donc, les deux finalistes sont parfait pour les 4 millions d’électeurs de ce scrutin très particulier… Mais elle n’a pas encore trouvé un discours, une vision globale, un cap un tant soit peu enthousiasmant (en tout cas on ne l’a pas vu hier) propre à capter l’attention et l’intérêt, puis l’adhésion d’une large partie de la population, en décrochage complet avec la politique et en défiance totale avec le classicisme, au moins formel, tel qu’affiché lors de ce débat.

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