Sécurité, la faute politique de Gérald Darmanin. Darmanin, cultivé et ambitieux, est un fin connaisseur de l’histoire de la République. Il admire Clémenceau et Sarkozy. Deux hommes qui, pense-t-il, ont assis leur autorité et leur popularité, lors de leur passage au ministère de l’Intérieur, en incarnant l’ordre.

Mais l’ancien maire de Tourcoing a cru que le rétablissement de la sécurité, c’était de complaire à toutes les demandes sociales et sécuritaires de la police. C’est en réalité d’avoir le pouvoir sur eux et de ne se laisser influencer ni par leurs détracteurs ni par leurs laudateurs systématiques.

Vous connaissez la maxime de Clémenceau : ‘La guerre ? Une chose trop grave pour la confier à des militaires’. Ça donne : l’élaboration de la  politique du maintien de l’ordre ? Une chose trop grave pour être confiée à la seule police. 

La police, c’est inhérent à sa fonction, proposera toujours l’escalade plutôt que la désescalade, plus de moyens, plus d’armement, plus de latitudes.

Avec Gérald Darmanin, Emmanuel Macron voulait un vrai politique à l’intérieur, mais à vouloir se servir de Beauvau pour asseoir sa propre autorité, Gérald Darmanin a laissé la logique policière prendre le pas sur le politique. Il croyait faire preuve d’autorité, il a fait preuve de soumission envers la police. Et voilà qu’il est obligé, grâce à des images, de s’inquiéter de l’attitude de ceux sur qui il ne pèse plus.  

Mais la question des violences policières ne date pas de l’arrivée de Gérald Darmanin à Beauvau ? 

C’est vrai, lorsqu’il est arrivé, déjà les forces de l’ordre étaient dans un état d’esprit de surpuissance. Le macronisme ne dispose ni de partis ayant pied dans la société, ni de liens avec les syndicats de salariés en mesure d’encadrer (un tant soit peu) la colère sociale. Ce sont donc les policiers et eux seuls qui ont sauvé l’exécutif, le cœur névralgique du pouvoir, menacé physiquement, au plus fort de la crise des Gilets Jaunes. 

Ils se sentent, dès lors, créditeurs et assez libres de leur mouvement. Le ministre répète en permanence que c’est le corps le plus contrôlé, il l’est avant tout par ses pairs et les condamnations sont rares. Les dérapages violents, par exemple,  du commissariat de police du 19ème arrondissement de Paris, l’affaire Théo, les mutilations par flashball, la technique du nassage, les gardes à vue humiliantes… tout s’est dégradé en matière de violences policières depuis des années. Eux-mêmes subissent les conséquences de cette escalade. Arrivant à Matignon, Jean Castex avait expliqué qu’il fallait se garder de tout matamorisme. Il avait inventé ce mot imagé. Il l’avait expérimenté auprès de Nicolas Sarkozy.

Coups de menton après promesses de karcher, durcissement des peines, après ‘robocopisation’ des policiers, les courbes de l’insécurité ne s’étaient, bien sûr pas inversées… et c’était la défaite politique au bout… Le matamorisme, disait Castex, ‘vous revient toujours dans la figure’. Il l’avait bien diagnostiqué, il ne l’a pourtant pas évité.

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