L'invité d'Inter ce matin est François Bayrou. Quelques précisions pour que les auditeurs ne se méprennent pas. Car peut être croient-ils que vous recevez ce matin le représentant de la vieille famille centriste, celle qui depuis Giscard joue les supplétifs de la droite chiraquienne. Peut être croient-ils se souvenir de l'ex ministre de l'éducation nationale sous Balladur et Juppé, dont on a du mal pourtant à se rappeler une réforme tant il avait érigé le consensus en condition de l'action après le douloureux épisode du CIP. Peut être que s'ils ont un peu suivi son parcours, pensent-ils que vous vous retrouvez avec le démocrate chrétien un brin paternaliste qui sauvait sa campagne présidentielle de 2002 en mettant une "taloche" à un gamin qui lui faisait les poches. Bref, sans doute imaginent-ils que vous aurez face à vous l'incarnation du Centre, ce ventre mou de la politique française. En fait, nos auditeurs savent évidemment que tout cela, c'est l'ex François Bayrou. Car depuis 4 ans, ils l'ont vu s'affranchir de l'UMP. Après avoir beaucoup critiqué la politique du parti unique, il a fini par rejeter certains de ses textes, le budget notamment, et puis au printemps dernier, il a franchi la ligne jaune en votant avec la gauche une motion de censure contre le gouvernement Villepin. Mais en réalité, François Bayrou a depuis la rentrée changé de nature, il ne se ressemble plus. Ses amis disent qu'il s'est enfin trouvé : il est aujourd'hui un COGNEUR. Il cogne sur, Sarkozy et ses accointances coupables avec les patrons des grands medias. Il cogne sur, nous les journalistes, soupçonnés d'installer dans l'opinion publique l'inéluctabilité du duel Sarko/Ségo. Il cogne sur la droite, la gauche, aux recettes éculées. Dans son livre, "Au nom du tiers état" François Bayrou cogne sur le pouvoir confisqué, sur cet ancien régime enfermé aujourd'hui comme il l'était à Versailles, il cogne sur l'argent roi qui devient modèle social, sur ces élites politiques qui ont désespéré le peuple de la politique. Il cogne même d'une certaine façon sur son électorat lorsqu'il prend position en faveur du mariage homo. Pour se faire entendre, dans ce système dual qu'il pourfend droite/gauche, François Bayrou a donc choisi de lâcher ses coups comme le dit un de ses proches. Il est passé du Marais, ce centre mouvant, au ring de boxe. Alors c'est vrai que pour l'instant, on n'entend guère autre chose que ses coups. Qui est capable de citer une proposition du candidat Bayrou ? Mais qu'importe, il marque des points. Après avoir stagné autour de 7% dans les sondages, il est passé à 12 voire 15 dans un IFOP de la semaine dernière. Le nirvana évidemment. Il prend partout explique un de ses conseillers, à droite, à gauche et même à l'extrême droite dans les milieux populaires, il devient le candidat anti établissement. Autant vous dire, que tant que ça marche, François Bayrou n'a pas fini de cogner.

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