**Par Jean-François AchilliGeorges Frêche, c’est l’histoire de l’Homme qui voulut être roi … de Septimanie, nom gaulois de la région Languedoc-Roussillon, qu’il a essayé d’imposer, en vain, l'idée était un peu trop mégalo. Ce fou d’Histoire, qui enseignait le droit romain à l’Université, personnage assez impressionnant, revendiquait « le Sud qui dérange autant que ma personnalité », disait-il, lui qui se sentait habité par une sorte de mission : faire prospérer sa terre. Ce qu’il a fait, en développant outre mesure Montpellier, sa ville, conquise face à la droite en 77, dont il a gardé le contrôle, quand il est devenu président de région en 2004. Mais le bâtisseur a été effacé par le provocateur, abonné aux dérapages verbaux spectaculaires, faut-il les rappeler : après les harkis comparés à des sous-hommes, c’est le « trop de blacks en équipe de France de football » qui lui a valu d'être exclu du PS. En janvier dernier Martine Aubry lui a retiré le soutien du Parti Socialiste aux régionales, après sa petite phrase dans l’Express, au sujet de Laurent Fabius, « il a une tronche pas catholique ». Ce qui ne l'a pas empêché d'être réélu en battant à plate couture la dissidente Hélène Mandroux, soutenue par Paris. Cela fait partie des paradoxes de la vie politique. Mais au fond, tout cela lui a coûté très cher. Il n'aura jamais eu de carrière nationale. Il disait souffrir d'être comparé à Jean-Marie Le Pen, lui, le fils de résistant, ancien maoïste, qui s'était fait fort de repousser le FN. Pour cela, il brassait très large localement, à gauche comme à droite, il avait su s’attirer des milieux pieds-noirs très puissants dans le midi, qui ont largement participé à ses succès électoraux. Et puis il y a eu dans sa vie, ce désamour avec François Mitterrand...Georges Frêche avait fini par détester l'ancien président. Il lui reprochait de ne pas avoir tourné le dos à son passé, en recevant René Bousquet à l'Elysée jusqu’à sa mort. Il l'a dit à François Mitterrand. Qui ne l'a jamais fait ministre. Un crève-cœur. Notre confrère Roger Antech, qui a dirigé la rédaction du Midi Libre sous le règne de Frêche, se souvient d’un placard à balais au Conseil régional Languedoc-Roussillon baptisé « salle François Mitterrand ». Commentaire de Georges Frêche, qui en était l’initiateur : « petit homme, petite salle ». Pour lui, ce PS qui lui a tourné le dos était devenu opportuniste et impuissant, voué à la guerre des chefs. Il n'y a guère que Ségolène Royal, à la recherche de soutiens, qui l'a épargné, ou encore Vincent Peillon. Mais c'est tout. Comme tous ceux qui ont été pris en flagrant délit de dérapage, Georges Frêche a accusé les puissants et les médias. Il écrivait dans son récent ouvrage, "Trêve de balivernes : pour en finir avec l'hypocrisie" : « Les grands de ce monde n’ont pas prévu que le bon peuple reprendrait la main. Les gens détestent être trompés et rétablissent eux-mêmes la vérité ». Jean-Luc Mélenchon et d’autres auraient pu écrire ces lignes. Georges Frêche était à la fois populiste, dans la mesure où il jouait le peuple contre des élites dont il faisait partie, même s’il s’en défendait. Et aussi populaire. Mais chez lui, en cette belle province de Septimanie.**

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