Claude Guéant a présenté au Premier ministre, en fin de semaine dernière, ses propositions en matière de réforme de la laïcité. Et c’est passé totalement inaperçu !

Oui ces propositions très attendues ont été noyées dans une actualité politique chargée, entre les suites des primaires des socialistes et les négociations européennes pour sortir de la crise grecque et sauver l’euro. Mais surtout, si ces propositions ont été formulées dans une indifférence quasi-générale, c’est qu’elles n’étaient, en réalité qu’un enfilage de perles, un recueil de ce qui existe déjà, une réaffirmation de la loi telle qu’elle est… On est très loin, et de la notion de laïcité positive de début du quinquennat, ou de la notion de laïcité offensive affirmée en avril dernier par la majorité UMP. Il faut revenir sur ces deux conceptions successives de la laïcité défendues depuis le début du quinquennat. La laïcité positive a été définie lors du discours au Latran à Rome en décembre 2007. Cette conception avait été résumée par la phrase controversée du président comparant le rôle du curé et celui de l’instituteur sur les consciences de nos enfants. Une comparaison à l’avantage du curé ; l’adjectif « positif » accolé à laïcité, comme on accole « positif » à « discrimination » a laissé penser que la laïcité était intrinsèquement négative. La « laïcité positive » a été vite abandonnée sous la pression d’une bonne partie de la majorité, animée par une fibre républicaine profondément encrée. Et puis le gouvernement s’est mis à promouvoir une sorte « laïcité offensive » pour parler d’immigration afin de contrer Marine Le Pen. Il faut dire que la patronne du FN, rompant avec le discours néo-maréchaliste de son père, s’était transformée en nouvelle prêtresse laïque. Du coup, en avril dernier, le gouvernement, multipliait les déclarations laïcardes dans la foulée de l’interdiction du voile intégral.

A ce moment là, le ministre de l’Intérieur expliquait qu’il fallait élargir la notion de neutralité religieuse au-delà du service public…

Oui et pour illustrer cette offensive Luc Chatel, le ministre de l’éducation expliquait même, par exemple, que des textes seraient adoptés pour interdire que des mères voilées accompagnent les enfants lors des sorties scolaires. Finalement, il n’y a rien de tout ça dans les propositions de Claude Guéant. Chaque établissement devra régler cette question, à sa convenance, par le biais de son règlement intérieur. « Nous ne légiférerons pas » dit-il. Pas de décrets ni circulaires qui s’appliqueraient partout, uniformément. Les rencontres interministérielles pour préparer les propositions sur le sujet ont fini par décourager les velléités du ministre de l’Intérieur de se travestir en petit père Combes version FN. Les solutions autoritaires et globales prévues initialement sont inapplicables et personne n’en veut. Les propositions de Claude Guéant ne sont, au bout du compte qu’un recueil de ce qui existe déjà, une sélection du Reader’s digest de la laïcité à la française. Cet n-ième épisode d’une annonce en l’air qui tombe à plat se déroule comme les précédents. On a beaucoup parlé au moment de l’annonce, on a polémiqué, l’opposition a crié au scandale… On a « clivé », pour reprendre le terme consacré, et puis rien. C’est une illustration de plus du rapport tortueux entre la parole et l’action, l’incantation et la réalisation qui aura plombé, jusqu’à maintenant, du moins, le quinquennat de Nicolas Sarkozy.

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Laïcité, le rétropédalage de Claude Guéant © Radio France

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