Après la bourde de Jean-Marc Ayrault, hier matin sur cette antenne, le mot qui domine l’actualité politique, c’est « amateurisme ».

Oui, et c’est sans doute la pire des choses que l’on puisse reprocher à un gouvernement. D’ailleurs l’un des principaux ministres disait ici même mais hors micro, la semaine dernière (il y en a trois qui sont venus... je vous laisse deviner ! ) que les accusations de matraquage fiscal, les controverses sur le mariage homosexuel et autres sujets polémiques, les mauvais chiffres de l’économie… tout ça constituait la base d’une impopularité gérable, imputable à l’action normale d’un gouvernement qui secoue la société pour la réformer ou sauver ses finances publiques. On pourrait même mettre ça (c’est la défense habituelle) sous la bannière du courage politique mais ce qu’il ne faudrait surtout pas, disait-il, c’est que l’impression d’amateurisme caractérise, dans l’esprit des Français, la nature de l’action gouvernementale. L’amateurisme n’est pas une opinion à laquelle on peut s’opposer, c’est un discrédit fatal, corrosif et qui ruine la confiance. En politique celui à qui on arrive à attacher cette étiquette d’amateur sera regardé avec de nouvelles lunettes. Toute son action sera jugée, non plus à l’aune de la pertinence mais à celle du professionnalisme ! Le fait que le président du Conseil Constitutionnel ait été obligé de réagir, hier (fait exceptionnel) et que le Premier ministre lui-même ait dû reconnaître qu’il s’était trompé, accroche l’étiquette d’amateur officiel sur le costume de Jean-Marc Ayrault. Les socialistes avaient réussi au début du précédent quinquennat à accrocher l’étiquette « d’injuste » sur celui de Nicolas Sarkozy au moment du bouclier fiscal. Le président d’alors avait perdu une bataille sémantique, donc politique… le bouclier ne protégeait plus l’économie mais les riches. Cette banderille est restée pendant cinq ans. Mais « injuste » est une affirmation que l’on peut contester sur le plan des idées et que l’on peut même tenter de justifier avec l’argument du courage.

L’amateurisme, c’est donc la pire des critiques mais au moins ça peut passer !

L’amateurisme, c’est plus grave parce qu’au bout d’un moment, ça ne se conteste plus, ça se constate. On y est… avec l’aveu du Premier ministre, c'est une preuve ! Mais effectivement ça peut passer… c’est ce que suggère le faux méchant titre de Libération ce matin : « Les apprentis ». Ce titre est sévère parce que la place des apprentis, ce n’est pas à la tête de l’Etat mais au moins les apprentis, ça apprend ! Matignon et l’Elysée ne sont certes pas des centres de formation donc il ne faudrait pas que ça dure. Et c’est là que nous allons sans doute nous diriger doucement, à un rythme que choisira le Président, vers l’une des figures classiques de la cinquième République. Une figure que ne pouvait pas utiliser Nicolas Sarkozy puisqu’il avait décidé d’être aux avant-postes, suractif et responsable de tout… Le coup du fusible. Le président peut tenter de recadrer les choses ou au pire finir par se séparer du Premier ministre. C’est bien sûr un peu tôt mais la bonne nouvelle (si l’on peut dire) pour François Hollande c’est que l’essentiel du reproche d’amateurisme se concentre maintenant sur son premier ministre. Matignon retrouve son rôle traditionnel de fusible. Qui a dit que les premiers ministres ne servaient plus à rien ?

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