En Allemagne, la CDU et le SPD poursuivent leurs négociations afin de former un gouvernement de coalition. Et ça vous a inspiré un exercice de politique fiction…

Oui parce que l’UMP et le PS, obligés de s’entendre sur un programme, ça nous paraît, à nous Français, inconcevable. Cette différence est due aux modes de scrutin qui découlent de nos deux cultures politiques : l’une basée sur l’affrontement, l’autre sur la conciliation. Imaginons que lors d’élections législatives, l’UMP (comme la CDU) ait obtenu 42% et le PS (comme le SPD) 26%, les Verts 8% et ainsi de suite… Avec 42%, donc une belle victoire mais une majorité relative en voix, il manque une poignée de sièges à Angela Merkel… Chez nous, l’UMP aurait (à cause du fait majoritaire) prés de 400 députés sur 577… une majorité écrasante. Du coup elle légiférerait sans aucune contrainte démocratique. Comme il serait très facile de faire voter des lois avec une majorité automatique, la loi deviendrait avant tout un affichage politique. Un fait divers… une annonce, une loi ! En Allemagne, même avec 42%, Angela Merkel doit préparer avec son futur partenaire un projet commun sous forme de contrat. Les réformes sont négociées et non pas, comme chez nous avec l’idée, sur chaque texte, de faire plier la majorité si l’on est de l’opposition ou d’étouffer l’opposition si l’on est de la majorité. En France, remporter une victoire sur l’autre camp est plus important que de faire une réforme durable et solide, acceptée et même coproduite par le plus large éventail politique possible. Il existe des tas d’exemples, chez nous, où la majorité refuse des amendements de l’opposition uniquement pour éviter un vote unanime qui retirerait l’effet « victoire politique » d’une réforme adoptée par la seule majorité.

Autre comparaison, cette fois vous transposez les résultats en nombres de sièges.

Oui… imaginons que la chambre des députés française soit composée comme l’est le Bundestag aujourd’hui. Il manquerait donc quelques sièges à l’UMP pour être majoritaire… PS + Verts + Front de gauche auraient, à eux trois, la majorité absolue ! C’est ce qui se passe en Allemagne : le SPD, les Grünen et Die Linke sont majoritaires en sièges ! On aurait donc titré, au lendemain des élections : « courte victoire de la gauche » ! Parce que c’est certain ces trois groupes se réuniraient pour faire une majorité. Le Front de gauche (composé essentiellement de députés communistes) accepterait de participer au gouvernement, ou au moins de le soutenir au coup par coup… pour faire barrage à la droite. Une majorité hétéroclite, sans logique de coalition cohérente, sans contrat programmatique possible, mais avec simplement une addition de forces du même bloc. En Allemagne, les sociaux-démocrates, les écologistes et le SPD ont autant de divergences de fond que, chez nous, EELV, le Front de gauche et le PS. Mais en Allemagne ces trois groupes se considèrent eux-mêmes comme « incoalisables ». Le fait qu’ils soient tous de gauche ne suffit pas ! La différence entre la politique française et allemande est donc là. Notre culture politique favorise la logique de blocs. On s’est longtemps dit que le fait d’outrer (quelques fois un peu artificiellement) la différence entre la droite et la gauche maintiendrait les extrêmes à la marge… Mais à l’usage, on constate surtout que notre façon de faire de la politique finit par entamer la confiance des citoyens envers les dirigeants et donc favorise le populisme. En Allemagne, pas de FN…malgré une situation sociale peu enviable… le parti populiste Alternative für Deutschland… ne fait que 4,8% !

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