Entre Mélenchon et Macron, un terrain en friche, qui s'élargit... Pour combien de temps ?

L’édito politique, avec vous Yaël Goosz. La nature a horreur du vide, la gauche aussi…

Vous connaissez sans doute la formule d’Edouard Philippe : «  La poutre travaille encore », à propos de la recomposition politique provoquée par Emmanuel Macron. Recomposition inachevée. A gauche, c’est plus qu’une "poutre", c’est toute la charpente qui commence à travailler. Sous l’effet d’une double actualité. L’érosion de Jean-Luc Mélenchon et l’approche des élections européennes, échéance qui oblige la gauche à s’interroger : partir avec 7 listes, c’est du suicide politique. 

Ce qui va faire travailler la poutre, c’est que les Insoumis ne ressortent pas indemnes de cette séquence perquisitions et contre-attaque musclée. Pour preuve, la dernière enquête Ipsos pour Le Point (publiée hier) : la chute pour Mélenchon est brutale, moins 7 points ! 23% seulement d’opinions favorables. Une colère qui coûte cher. Jamais il n’a été si bas depuis l’été 2011… Il peut rebondir, son noyau dur est plus mobilisé que jamais, mais l’homme politique a montré ses limites.

Et dans ce baromètre Ipsos, il se retrouve derrière Benoit Hamon !

Lui est à 27%, en hausse de 1 point. Alors, on ne va pas jouer aux petits chevaux. Mais il y a incontestablement un espace qui s’élargit, à la droite de Mélenchon, et à la gauche de Macron. C’est là que la poutre va travailler dans les prochaines semaines. Benoit Hamon l’a compris, il occupe le terrain, d'où cette longue tribune dans les colonnes du Monde. Génération-s, son mouvement, ne pèse pas grand-chose, mais son message, sa main tendue pour une « gauche écologiste, européenne, féministe, démocratique et fraternelle » (je reprends ses mots), ce message-là peut rapidement trouver un écho. Il se voit en catalyseur des « Enfants du vide », l’essai que vient de publier Raphael Glucksmann, et dont la thèse est qu’il faut vite réenchanter cet espace laissé vacant, pour ne plus subir la domination des idéologies populistes.

Mais la poutre qui travaille pourrait tout aussi bien se fracasser sur un mur !

Absolument… Tout le monde dit qu’il faut sortir des logiques d’appareils, mais personne ne lâche sa petite entreprise. Les européennes, c’est une élection à un tour, et la tentation est grande d’y aller en solo pour se peser et pouvoir se jauger. Piège mortifère.

A EELV, on regarde ce qui s’est passé en Bavière et en Belgique (des gros scores à deux chiffres pour les écologistes), et on se dit que la vague verte passera aussi par la France. Au PCF, on se dit qu’il y a une singularité à cultiver en s’émancipant durablement de Mélenchon. Et puis vous avez les socialistes… Touchés mais pas coulés. Conclusion d’une enquête très éclairante de la fondation Jean Jaurès : le socialisme est toujours vivant, mais il hiberne parce qu’il n’a plus de leader… Bernard Cazeneuve est aux abonnés absents, et dans la panique, Ségolène Royal devient le recours. Etrange renouveau si c’est pour écrire l’avenir avec les personnages d’hier. 

C’est toute la limite. De ce point de vue, la gauche Mélenchon a le mérite de la cohérence et de la clarté. Puissance du bloc. Mais à côté de la maison Insoumise, il y a ce terrain en jachère et sans proprio, qui s’agrandit. Le notaire a prévenu : colocation difficile voire impossible, entre des sortants qui ne veulent pas sortir, François Hollande, et des entrants sans expérience du pouvoir…  Espace minoritaire dans une France à droite, mais beau défi pour celui ou celle qui réussira à le défricher. Olivier Faure, au PS, s’y emploie, mais... Que c’est dur !

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