Les municipales peuvent-elles être un acte de renaissance de la gauche ?

Rien n’est moins sûr, tellement la gauche est divisée et en crise d’identité. Mais ces municipales peuvent être une occasion de déceler un embryon de solution idéologique et organisationnelle pour ce camp. En 1977, masqué par la spectaculaire élection de Jacques Chirac à Paris, la Gauche (et notamment le jeune PS) remporte un beau succès national avec Nantes, Rennes, Montpellier, Poitiers, Tourcoing, Valence, Angers, Brest, Belfort et bien d’autres. Cette vague créera ce que l’on a appelé le socialisme municipal, des expériences (souvent d’union de la gauche) ferments de la crédibilité gestionnaire du PS qui permettront à François Mitterrand de gagner la présidentielle et les législatives de 1981. 2020 ne sera sans doute pas un nouveau 1977 pour la gauche car, semble-t-il, celle-ci est encore en phase de morcellement, toujours pas de recomposition. Seuls les écologistes peuvent rêver à une vague, portés par la prise de conscience de l’urgence climatique, dans les grandes villes mais pas seulement. C’est d’ailleurs autour de projets et d’alliances (entre les deux tours) avec les écologistes que le PS peut espérer sauver ses bastions urbains, comme à Paris par exemple. Pour LFI, qui a très peu de sortants, ce sera plus compliqué. Sa stratégie solitaire l’isole au moment des municipales. Et puis la nouveauté, au-delà du verdissement général de l’ensemble des partis de gauche, ce sont les mouvements citoyens. 

Comme à Marseille...

Oui, ce qui se passe en ce moment à Marseille à gauche ressemble à une construction politique moderne, originale, mélange de fédération de partis constitués dont le ciment est un fort mouvement citoyen autonome, non encarté, motivés par un événement particulier. Nous approchons du 1er anniversaire de l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne... Cette catastrophe (8 morts, des milliers de déplacés) directement liée à l’incurie de la gestion de la municipalité sortante, a été fondatrice de l’union, assez unique, des gauches à Marseille. LFI, le PS, Génération.s, Place publique, une partie des écologistes et peut-être (s’ils réfléchissent un peu) bientôt tous les écologistes... réunis sous la pression d’un mouvement citoyen que les dépasse. Une articulation qui se met en place, non sans heurts bien sûr, entre des militants politiques, encartés à l’ancienne et des collectifs nés d’un évènement traumatique et significatif. Sans, pour l’instant –et c’est voulu- de tête de liste vraiment identifiée. La forme particulière d’élection par liste et à deux tours permet des expérimentations d’articulation politique originales. D’autant que ce qui paraît irrémédiablement séparer LFI et le PS, au niveau national (l’Europe, et l’économie) ne pèse pas sur un projet municipal. Sur, par exemple, la critique du partenariat public-privé pour la rénovation des écoles. A Marseille, où la droite est discréditée par le naufrage de la gestion Gaudin, où LREM n’arrive pas à se trouver une identité municipale, la gauche peut créer la surprise.
A signaler sur les évènements de la rue d’Aubagne, fondateurs donc d’un puissant mouvement citoyen à la marseillaise, la sortie d’un livre, Récit d’une rupture, signé Karine Bonjour, aux éditions Parenthèses.

L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.