Meeting de Nicolas Sarkozy ce soir à Toulon sur les questions économiques. Et samedi, c'est Ségolène Royal qui sera en meeting au Zénith de Paris. ça fait quand même très printemps 2007 : Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal sont en meeting. Il faudrait les prévenir, la campagne c'est fini ! Le Président de la République et la Présidente de Poitou Charente font un peu penser à ses piliers de bistro qui préfèrent rester au bar plutôt que de retourner à la réalité. Il est tard, le personnel voudrait fermer - on a beau baisser la lumière, commencer à mettre les chaises sur les tables et balayer autour d'eux - non, ils recommandent un demi. On a envie de leur dire comme le patron excédé « faut pas rester la m'sieur-dames faut rentrer chez vous maintenant ! ». C'est un peu comme si, dans la difficulté, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal voulaient retrouver les accents de la campagne. C'est vrai qu'on attend que le Président s'exprime sur la crise financière internationale, sur la politique économique - des sujets ardus qui nécessitent des explications précises. Mais le choix d'y répondre dans le cadre d'un meeting est significatif. Nicolas Sarkozy va à Toulon parce que c'est l'une des rares villes conquises par l'UMP. C'est, nous dit-on, un symbole politique. Ha bon... et alors ! Quel rapport avec le fond du problème ? Sur le pouvoir d'achat ou sur les abus de la spéculation, on aurait plus besoin d'une émission de télé ou de radio, sur France Inter pourquoi pas ! Ou bien d'un exercice quasi inconnu en France : vous savez... la conférence de presse... avec des questions précises et des réponses adaptées. Dans toutes les autres grandes démocraties, il ne se passe pas deux mois sans que le chef de l'Etat ou de gouvernement ne fasse une conférence de presse, coupe court à toutes les rumeurs, s'explique sur ses arbitrages et précise ses projets. Pas chez nous... les pros de la com' détestent les conférences de presse parce qu'il est très dur de maîtriser son image lors de tels exercices. Un exercice au cours duquel on est souvent mis devant ses contradictions. Par exemple, après une annonce, il y a toujours la question incongrue : « comment allez-vous financer ça ? » Le Président garde un très mauvais souvenir de l'effet sur l'opinion de l'unique conférence de presse depuis l'élection en janvier dernier. A l'Elysée, la maîtrise maximum de l'image est devenue le but absolu qui mobilise l'énergie de plusieurs groupes de travail, autour du journaliste Patrick Buisson, de l'ancien sondeur Pierre Giacometti ou le publicitaire Jean-Michel Goudard - visiblement les communicants ont repris le pouvoir. Ségolène Royal est, elle, en campagne... un meeting est-il plus adapté ? Pas vraiment parce que Ségolène Royal présente une motion au congrès de son parti ! (Et elle à mis sa candidature au poste de premier secrétaire au frigidaire). L'ancienne candidate est sensée défendre pour le compte de sa motion une stratégie d'alliances, des propositions de réformes du PS, des orientations politiques. On ne voit pas en quoi un meeting avec Cali et Hervé Villard pourra aider les militants du PS à éclairer leur choix ! En meeting, on argumente pas, on scande. Les deux anciens candidats, qui sont -chacun à leur place- en position délicate, tentent de retrouver les moments de grâce avec l'opinion qu'ils ont pu connaître pendant la campagne. C'est compréhensible. Le seul problème c'est que cette façon de communiquer fait plus appel à l'émotion, à la sensation, à la séduction, qu'à la raison et à la bonne compréhension des enjeux ! Cet état de campagne électorale permanente rappelle le mot cruel de Michel Rocard. Il disait : « En France, les qualités qu'il faut pour gagner une élection ne sont pas compatibles avec celles qu'il faut pour gouverner le pays ! »

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