Mardi l’Assemblée Nationale a adopté la loi pénitentiaire qui avait été présentée par Rachida Dati en Juillet 2008. Oui ça s’est passé mardi, et ça a été peu commenté après le vote ! Une loi, présentée au départ comme fondamentale, finalement votée avec la procédure d’urgence… et s’il y a un domaine dans lequel les discours et les actes font le grand écart absolu c’est bien celui de la politique carcérale ! Lors de son discours solennel à Versailles devant sénateurs et députés réunis, le président avait déclaré, en juin dernier, que la situation des prisons française est, je cite « une honte pour la République ». C’est aussi le constat des observateurs étrangers. Les 47 pays du conseil de l’Europe ont édictés quelques standards que la France peine à atteindre. Et cette loi votée mardi ne lui permettra pas vraiment de s’en rapprocher puisque le principe de l’encellulement individuel a été abandonné. En politique, les mots n’ont pas la même force selon l’endroit et la circonstance où ils sont prononcés. « Dis-moi d’où tu parles » ! Quand un président parle devant le Congrès réunis à Versailles on peut imaginer que sa parole est d’or …quand il y prononce les mots « Honte pour la république », on est endroit d’espérer (si la parole politique à encore un sens) une loi enfin à la hauteur de cette honte diagnostiquée, un bouleversement dans la façon d’aborder la question de la surpopulation carcérale, la vétusté des prisons et l’étendue du pouvoir de l’administration pénitentiaire ! Hé bien, non, la loi votée mardi ne changera rien. Ou si peu. D’où vient cet écart entre les paroles et les actes ? Et bien il y a une contradiction fondamentale qui aboutie à l’impossibilité de résoudre la question de la surpopulation carcérale. Une politique du chiffre en matière de délinquance ne peut que remplir les prisons. Si la construction de prison ne suit pas, le résultat est mécanique. Au-delà du problème philosophiques que peut poser une politique de construction massive des prisons (Marc Twain disait « qui ouvre une prison doit savoir qu’il ne la refermera jamais »), au-delà de cette question, il y a tout simplement un problème de moyen. Il manque 10.000 places de prison et personne parmi les spécialistes des questions de carcérales ni parmi les syndicats concernés ne pense que la loi qui vient d’être votée règlera sérieusement la question du surpeuplement des prisons ni n’effacera la honte pour la République que constitue la situation carcérale, les 97 suicides de détenus depuis janvier. Pourtant, après la reconnaissance de la profondeur du mal, la discussion semblait bien partie. Encore une fois un rapport très instructif et documenté avait été réalisé. Jean-René Lecerf sénateur UMP est l’auteur de ce travail. Il proposait prés de 95 amendements, réaffirmant le principe de l’encellulement individuel, préconisait la multiplication des peines alternatives, une vraie évaluation du nombre des détenus malade mentaux qui n’ont rien à faire en prison, la fin (sauf exception) des humiliantes fouilles à nue…tout un tas de mesures que les observateurs du monde carcéral prônent régulièrement sans être entendu dans le brouhaha sécuritaire ambiant. Trop de recommandations de ce sénateur UMP sont passées à la trappe. Le texte va passer maintenant en commission mixte paritaire et les sénateurs tenteront de réintroduire quelques dispositions proposées par Jean-René Lecerf. On suivra ça. Alors c’est assez facile en ce moment de pointer du doigt le gouvernement sur ce sujet… mais l’état des prisons fait parti de ces indicateurs sociaux qui en disent long sur un pays. Toute la société est concernée. C’est le plus grand regret de Robert Badinter qui ne cesse de le répéter que son parti, le PS, et lui-même n’ont pas été assez audacieux sur ce sujet en leur temps. Mais on ne se souvient pas non plus de grandes manifestations populaire ou de pétitions d’ampleur pour réclamer que les quelques dizaines de milliers de détenus dans les prisons françaises puissent être traité avec le minimum de dignité.

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