Hier Manuel Valls, sur notre antenne a laissé entendre que les Roms n’avaient pas vocation à s’intégrer à la France… Et bien sûr, ce matin, ces déclarations font la Une de toute la presse. Oui parce que Manuel Valls a changé la nature de son discours. Sans doute ne s’en est-il pas rendu compte lui-même mais il y a dans ce qu’il a dit hier une contradiction avec ce qu’il défend depuis longtemps. Manuel Valls est connu pour plaider, à gauche, en faveur une fermeté face à l’insécurité, pour que son camps cesse enfin de parler de « sentiment d’insécurité » et lutte de plein pied contre une réalité (et non pas un sentiment) : l’insécurité comme fléau social. Il veut incarner, à l’image de son mentor Clemenceau, une intransigeance républicaine sans complexe. En cela il était entendu et même approuvé, ces dernières années, à la surprise générale, par les sympathisants socialistes et surtout par une grande majorité des élus de terrain. Il se trouve que le PS gère maintenant toutes les régions sauf une, et la quasi-totalité des grandes villes. Sur les questions de sécurité la gauche est devenu (forte de cette expérience) plus ferme. Mais puisque la gauche est la gauche, elle avait à cœur de ne jamais oublier le contexte social et la prévention. Manuel Valls avait plutôt, jusqu’ici su incarner ce nouvel équilibre... Mais hier le ministre de l’intérieur a prononcé une phrase insensée… c'est-à-dire qui ne correspond plus à cet équilibre, sur ces questions délicates, qui ne correspond plus du tout à la tradition républicaine dans laquelle il dit s’inscrire… et qu'un Clémenceau du XXIè siècle n’aurait pas pu prononcer je cite « il est illusoire de penser que l’on réglera le problème avec uniquement de l’insertion (bon, jusqu’ici…pourquoi pas) mais voila la suite : « ces populations ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres »… sous entendu, par nature, ces populations ne sont pas assimilables par la France !Là, Manuel Valls passe un cap ?Oui, parce que comment un républicain, pour qui la France, normalement représente un pays qui prétend défendre des valeurs universelles, valables pour tous, sans rapport avec les origines, le sang, la culture ou la religion peut-il prétendre que des individus issus d’un peuple, en particulier ne peuvent pas s’intégrer chez nous. Il peut dire que les conditions ne sont pas remplies, il peut dénoncer les mafias qui utilisent la misère et même se montrer intraitable avec l’application stricte des règles en matière d’immigration. Mais ça ne justifie pas de prononcer « l’inintegrabilité » d’une catégorie de personne à la France ! Le problème Rom n’est pas à minimiser, c’est un problème d’insécurité, de trafic humain, de banditisme, de nuisance, de voisinage, c’est un problème sanitaire parfois, diplomatique entre deux pays du sud est de l’Europe et la France c’est un problème de réglementation européenne sans doute inconséquente… c’est un problème qui ne doit pas être traité avec angélisme ni faiblesse… mais ce n’est en rien un problème d’origine et de nature des 20.000, 22.000 peut-être, Roms présents sur notre territoire. Il parait que Manuel Valls adore la biographie de Michel Winock consacrée à Clémenceau… il ne faut pas lire que la fin, le père la victoire, le mateur de grève, le chef de la police… il faut aussi lire (relire d’urgence) le début et sa conception de la république Française et de ses valeurs universelles

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