Oui, c’était déjà, avant l’assassinat d’Hervé Gourdel l’une des raisons qui a conduit les dirigeants français à ne plus utiliser le terme « d’Etat Islamique ». Et hier encore à l’Assemblée Manuel Valls a redit que cette organisation terroriste était une insulte à l’Islam. Les responsables politiques de tous bords (enfin de presque tous les bords) déploient des trésors d’énergies pour éviter toutes formes d’amalgames entre les terroristes de l’organisation Etat islamique et les millions de musulmans français. On imagine les dégâts pour la cohésion de la société si de tels amalgames venaient à se développer. Ça peut, bien sûr, venir de l’extrême droite d’autant que Marine le Pen ne fait plus de l’étranger son premier combat. Elle l’a remplacé par le musulman. C’est la même chose dans son esprit mais c’est une qualification plus pernicieuse parce que censément soluble dans les valeurs de la République. En fustigeant l’étranger Jean-Marie Le Pen, est xénophobe. entretient une différence de nature entre son mouvement et le reste de la classe politique. En fustigeant les musulmans, Marine le Pen entretient une différence de degré entre le FN et les autres partis politiques qui se placent tous dans le giron de la laïcité. Le risque d’une stigmatisation des musulmans français est donc réel. Et cette stigmatisation a les moyens de trouver –là est le danger- des chemins que la laïcité peut rendre respectables.

Et pourtant, dite-vous, il ne faut pas tomber dans le piège du mot« islamophobie ».

Non, et de ceux qui l’utilisent à outrance. Puisqu’on est dans la sémantique et la guerre des mots, on devrait éviter ce terme lui aussi très pernicieux. On devrait, parler tout simplement d’actes et de paroles antimusulmanes, comme on parle d’actes ou de paroles antisémites ou antichrétiennes. En France les religions sont respectées mais elles doivent rester dans le lit de la laïcité, cantonnées à la sphère privée et ne pas prétendre régir tout ou partie de la vie collective. Les catholiques, les juifs et les protestants sont entrés, peu ou prou, parfois dans la douleur, dans ce cadre protecteur mais restreint. Il s’agit maintenant d’y faire entrer l’Islam. Lorsque, qu’à l’occasion du débat sur le voile intégral ou sur l’affaire de la crèche Baby Loup certains intellectuels ou militants parlent « d’islamophobie », ils dénoncent, en réalité, une exigence de laïcité et défendent des pratiques liberticides. La très grande vigilance à laquelle la société française doit s’astreindre en ces temps de guerre contre une certaine forme de barbarie religieuse, consiste à surveiller de très près les terroristes, bien sûr (sans verser dans la parano sécuritaire, elle-même potentiellement liberticide), mais aussi à prévenir toute tentative de stigmatisation des musulmans, et enfin à ne pas être –pour autant-particulièrement indulgent avec ceux qui refusent de se soumettre aux règles de la laïcité. Voilà trois laits sur le feu auxquels l’Etat et les citoyens, doivent prendre garde en ce moment.

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