Le Nord-Pas-de-Calais-Picardie est la région qui a le plus de chance de passer au FN lors des scrutins des 6 et 13 décembre 2015.

Oui, cette grande région offre, aujourd’hui bien des ingrédients économique, sociaux et politique pour permettre un au FN version Marine Le Pen, un FN aux accents social, qui prétend répondre à la colère et au désarroi de toutes les victimes de la désindustrialisation qui a particulièrement touché le nord de la France ces dernières décennies. Des bataillons d’électeurs de cette région, qui disent déjà, dans les sondages, qu’ils entendent voter pour les listes de Marine le Pen. Ils viennent de la droite et de la gauche. C’est une des particularités du FN nordique, qui prospère sur ces terres traditionnellement socialistes. La gauche est ici historiquement ouvrière. C’est ici que le social-libéralisme quasiment revendiqué de l’exécutif depuis début 2014 est sans doute le moins accepté. C’est du moins les arguments des amis de Martine Aubry. Le « Macron ras-le-bol » de la maire de Lille reflèterait l’état d’esprit de la gauche nordique, pas forcément radicale (c’est la terre de Pierre Mauroy, qui était un social-démocrate, on l’oublie) mais profondément sociale. Le sentiment de trahison est ressenti fortement et risque de peser sur la participation de l’électorat de gauche. Mais les socialistes d’ici ont leur responsabilité dans la catastrophe annoncée et ne doivent pas tout mettre sur le dos des revirements de François Hollande. Leur sentiment longtemps, d’être en terrain conquis, a nourris une notabilisation mortelle. Ce tableau posé…il faut ajouter que ces élections régionales seront plus vécues par les électeurs (et pas simplement ici) comme un scrutin national. En France, sauf si l’on est corse ou alsacien, (breton peut-être) on est d’abord d’une ville ou d’un département, pas d’une région. Le nouveau découpage régional affaibli encore le sentiment d’appartenance. Autant d’éléments pour que ce scrutin soit l’occasion de dire sa colère nationale plutôt que de se choisir des représentants locaux. Dans ce contexte le FN est clairement avantagé.

Dans ce contexte justement, Martine Aubry n’aurait-elle pas dû se présenter ?

Ce sera l’une de vos premières questions à Martine Aubry à 8 H 20, non? Si la région passe à l’extrême droite c’est certainement sur Martine Aubry que tomberont les principaux reproches. Et une mise en cause de Macron ne suffira pas comme excuse… Mais cette affaire est assez compliquée parce que l’une des raisons du succès du FN c’est la « décrédibilisation » du personnelle politique. M.Aubry est maire de Lille. Elle a été élue et réélue pour ça. Qu’aurait ont dit si elle avait abandonné sa ville son mandat pour briguer celui de présidente de la Région ? C’est certainement l’un des arguments (pas tout à fait infondé) que vous donnera notre invité tout à l’heure. Mais, sans faire le débat par avance, vous pourrez lui rétorquer, Patrick, que l’enjeu est, cette fois-ci particulièrement grave et qu’il est étrange de ne pas vouloir relever ce défi d’empêcher le FN de prendre une région. Car nous en sommes là. Nous sommes à Lille, ville de Pierre Mauroy et Martine Aubry … Lille, tout simplement, bien parti pour être la capitale de la première région FN de France… Sans qu'une personnalité socialiste de poids n'ait tenté de se mettre en travers de la route de l'extrême droite…

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