Affluence aux manifestations : il faut que la presse se donne les moyens de publier les vrais chiffres…

Thomas Legrand
Thomas Legrand © Radio France / Christophe Abramowitz

Oui, nous avons pris la déplorable habitude de donner le chiffre des organisateurs et celui de la police, laissant le public devant une fourchette, ou plutôt un large râteau, qui n’informe de rien et fait rire tout le monde. Samedi, le rassemblement des Insoumis a donc compté 150.000 participants selon les organisateurs et 30.000 selon la police. Seuls deux journalistes de Marianne s’y sont collés pour dénombrer –c’est très aléatoire- 57.000 marcheurs. Mais dans l’ensemble, la presse ne dit rien, ne prend pas parti. Pourtant il ne s’agit pas d’opinion mais d’un fait ! Et d’un fait tout ce qu’il y a de plus objectif puisque c’est un chiffre. En ne donnant que les 2 chiffres (la préfecture et les organisateurs) sans plus de précision, on accrédite cette idée folle selon laquelle il y aurait plusieurs vérités (les fameuses vérités alternatives). Celle des organisateurs, qui vaut bien celle de la police et vice-versa. La vérité est là, une opinion comme une autre. Tétanisés par les critiques qui nous sont adressées, nous nous terrons dans une neutralité couarde et désinformatrice. Pourtant les moyens techniques pour compter au millier près existent. Les opérateurs téléphoniques, les sondeurs et des entreprises d’analyse d’images, peuvent évaluer facilement une foule sur un parcours donné.

Est-on sûr qu’un chiffre fourni par la presse serait plus crédible aux yeux du public ?

C’est vrai que notre aura n’est pas beaucoup plus élevée que celle des partis et des syndicats mais ce n’est pas une raison pour ne pas décider, collectivement (télés, radios, Afp et le plus de journaux possible), de mutualiser nos moyens pour fournir un 3ème chiffre. Pas une vérité de plus mais la réalité. Médiapart, France2 ont déjà tenté, par le passé, leur propre comptage. Et, surprise ! Ils étaient arrivés soit en dessous du chiffre de la préfecture, soit très proche. Libération de son côté avait enquêté sur la façon dont la préfecture et les syndicats comptaient. Le résultat est sans appel, depuis Libération (pas le Figaro !) Libération met en avant le chiffre de la police ! En 2014 le ministre de l’Intérieur avait confié une mission d’évaluation du comptage à des personnalités indépendantes comme la directrice de l’EHESS et un inspecteur général de l’INSEE. Leur conclusion disait que le chiffrage de la police était le plus vraisemblable. Il y aura toujours des complotistes pour dire que l’Insee, l’EHESS, la police, tout ça c’est le système ! Toujours est-il qu’on ne peut pas continuer à exposer comme vérité un écart de 1 à 5 ! La tradition démocratique française passe aussi par l’expression directe de la rue, il faut donc avoir une exigence de vérité sur l’ampleur des manifs ! Il s’agit d’utiliser une méthode qui pourrait, au fil des semaines, déterminer si un conflit s’amplifie ou s’il s’essouffle. Les directeurs de rédaction de plusieurs médias (dont le nôtre) ont décidé de réfléchir, pour les prochaines manifs, à mettre en place une procédure de comptage afin d’aboutir à un chiffre de la presse, exposé comme un fait et non pas un argument. Ce serait bien utile à la clarté et donc à l’honnêteté des débats.

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