Christiane Taubira et Manuel Valls ont été les vedettes de l’Université d’été du PS… Ils représentent pourtant deux visions différentes de l’autorité.

Oui, c’est un classique, les deux ministères régaliens de la Justice et de l’Intérieur envisagent l’autorité avec des logiques différentes. Sur la réforme pénale, l’un voit d’abord le scandale de la surpopulation carcérale quand l’autre s’inquiète des questions d’impunité. Mais le très bon accueil qu’ils ont reçu, l’un et l’autre, à La Rochelle montre que dans l’esprit de la plupart des socialistes – et sans doute plus largement au delà- Valls et Taubira sont plus complémentaires que concurrents. Les grands partis de gouvernement doivent savoir organiser cette dualité. Marcher sur deux jambes. Ce qui n’est pas possible dans le domaine économique l’est sur les questions de sécurité. On a bien vu toute l’année dernière que le duo Montebourg / Moscovici se contredisait sur la nécessité de réduire les déficits par exemple. Ils n’étaient pas complémentaires, ils nuisaient à la lisibilité du gouvernement. Un militant socialiste est incohérent quand il applaudit ET Montebourg ET Moscovici… En revanche il est cohérent s’il applaudit ET Valls ET Taubira. Christiane Taubira plaît parce qu’elle parle dans les canons classiques de la gauche. Manuel Valls, lui, s’inscrit dans une tradition de gauche autoritaire qui n’a rien de nouvelle non plus. Ça a toujours été comme ça, de Clémenceau à Chevènement… en passant par Jules Moch, jusqu'à Ségolène Royal qui, en 2007 est sortie du lot en affichant une fermeté sécuritaire très appréciée du (dit) « peuple de gauche ». D’ailleurs aujourd’hui le courant du PS « gauche populaire » soutient Manuel Valls quand il parle de sécurité.

Mais pas Jean-Luc Mélenchon qui l’accuse de courir derrière Marine Le Pen !

Oui mais d’après Harris Interactive, 50% des sympathisants du Front de Gauche soutiennent Manuel Valls ! La fermeté n’est acceptée à gauche que si elle est adossée à l’autre vision, la vision plus humaniste que l’on retrouve depuis Zola. Celle du déterminisme social, celle de l’idée de la primauté du contexte sur la responsabilité individuelle très en vogue dans les années 70/80 et qui alimente ce que la droite appelle « la culture de l’excuse ». La série de succès du PS à toutes les élections locales entre 2001 et 2010 a rééquilibré son discours sur la sécurité. Les élus de gauche, aux prises avec les réalités du terrain, savent maintenant que le contexte social explique mais n’excuse pas ! Le vieux débat prévention contre répression n’est plus de mise. Même Dominique Voynet, écologiste et donc censément à fond dans la culture de l’excuse, avoue avoir changé et apprécie maintenant les positions de Manuel Valls depuis qu’elle est maire de Montreuil en Seine-Saint-Denis. Au fond, si l’on reprend les trois sources de l’autorité, définies par Max Weber, on peut dire que l’autorité de Taubira procède de l’autorité traditionnelle, de l’histoire des lumières et de la gauche et de l’autorité charismatique (cette femme a un charisme indéniable). Alors que la source de l’autorité de Manuel Valls provient de ce que Weber appelle « l’autorité rationnelle d’une fonction officielle », en l’occurrence celle du chef de la police, forcément ferme. Ces autorités complémentaires et utiles peuvent cependant produire des discours dissonants. Disons que Valls et Taubira sont à la politique ce que Pierre Boulez est à mélodie. Cohérents mais disharmonieux… En plus populaire, heureusement pour eux.

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