Nous sommes vraiment au cœur d’une crise singulière et inédite

Oui, c’est une crise qui a des sources diverses. Ça part d’une légèreté déconcertante d’Arnaud Montebourg qui n’imaginait pas être démis de ses fonctions juste avant la tant attendue réforme des professions protégées et entraîner dans sa chute le ministre de l’éducation à une semaine de la rentrée scolaire. Arnaud Montebourg a des arguments pour considérer que la politique suivie est mauvaise, seulement s’il avait constaté qu’il ne pouvait plus peser de l’intérieur, il aurait dû partir à un moment adéquat au lieu d’obliger le Premier ministre et le Président à décider pour lui. Mais il ne peut pas considérer, que le président est élu pour faire, je cite « vivre un débat » au sein de l’exécutif. L’exécutif ça ne débat pas (publiquement du moins)…ça exécute, c’est marqué dessus ! C’est le Parlement qui débat (il parlemente, c’est aussi écrit dessus). Voilà pourquoi l’on peut considérer que l’existence des parlementaires socialistes frondeurs c’est plutôt une bonne chose pour la démocratie… des ministres frondeurs, en revanche, c’est une mauvaise chose pour tout le monde.

François Hollande a aussi sa responsabilité dans cet échec politique !

La principale responsabilité ! Il avait clarifié son message il y a 147 jours… mais pas son équipe gouvernementale ! Montebourg à l’économie, Sapin aux finances, c’était une synthèse comme on peut en faire dans l’opposition, quand la politique n’est que paroles mais pas dans la majorité… où la politique c’est aussi des actes et des chiffres. François Hollande devrait définitivement jeter aux orties son petit manuel du cardinal de Retz avec le coup de l’ambigüité de laquelle « on ne sort qu’à son détriment ». L’ambigüité a pourri la première moitié de son quinquennat. Le seul avantage de cette crise (que l’on soit favorable ou non à la ligne sociale-libérale), c’est qu’elle pousse à la clarification totale. Pourquoi faut-il toujours une crise pour que François Hollande clarifie son discours ou son action ? (Combien de bourrasques sur la tête pour décider de s’acheter un parapluie pour pouvoir voir net à travers ses lunettes sous la pluie ?) Le problème avec la Vème République, qui ne connait pas le contrat ni la coalition, c’est que la clarté politique réduit forcement la base de la majorité. François Hollande a-t-il ce matin une majorité assez solide? On ne voit, cependant pas, comment une partie du PS pourrait voter une motion de censure déposée par la droite pour forcer le Président à dissoudre ! La Vème République est bonne fille avec l’exécutif. Elle est ainsi faite : elle impose quasiment aux candidats à la présidentielle d’entretenir l’ambigüité pour avoir une chance d’être élu et elle permet à l’élu, par tout un tas de dispositions protectrices, de se maintenir en menant une politique qui n‘est pas celle annoncée pendant la campagne. Nous arrivons au bout de cette logique. Voilà pourquoi en plus d’être une crise politique assez pitoyable ce que nous vivons ressemble aussi à une crise de régime… une crise de la Vème République.

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