Les Juppéistes et les Sarkozistes se querellent sur le concept « d’identité heureuse ».

Oui, une controverse qui révèle deux conceptions de ce qu’est notre société et de ce qu’elle devrait être. Au départ, l’expression est un détournement du titre d’un livre d’Alain Finkielkraut, L’identité malheureuse, de 2013. Le philosophe y dépeint une France en décrépitude, aux mains de la muflerie des modernes, dans laquelle l’autorité du maitre est bafouée, l’identité nationale dissoute dans l’acide la diversité et l’immigration. Cette vision décliniste et sombre a sa traduction politique dans le discours de Nicolas Sarkozy depuis 2O12. Alain Juppé précise dans son blog ce qu’il entend par « identité heureuse », je cite : "Je refuse d'avoir l'identité malheureuse, frileuse, anxieuse, presque névrotique. Pour moi, identité ne rime pas avec exclusion ni refus de l'autre. Je veux faire rimer identité avec diversité et unité : respect de notre diversité, affirmation de notre unité. Je sais bien que la France dont je rêve n'est pas la France d'aujourd'hui, pas toute la France d'aujourd'hui". Cette vision est qualifiée par les amis de Nicolas Sarkozy, à la louche, de vision naïve, déconnectée des réalités, de bobos bienpensants… bref, toute la panoplie de termes vagues mais stigmatisants et efficaces dans le cadre d’une primaire à droite. Alain Juppé serait incapable de voir le peuple qui souffre. Nicolas Sarkozy donne aussi sa définition du concept, je cite : « il n'y a pas d'identité heureuse tant qu'on ne réaffirme pas que l'identité de la France est toujours plus importante que les identités particulières ». Il sait qu’en 2012, seuls les plus de 60 ans lui ont donné la majorité, et que dans une primaire à droite, ce sont les plus âgés qui se mobiliseront. Forcément plus sensibles au « c’était mieux avant ».

Ces thèmes avantagent plutôt Nicolas Sarkozy, non ?

C’est lui qui a choisi ce terrain. Terrain idéal pour qui veut jouer sur la corde de l’homme providentiel. Selon la théorie napoléonienne, celui qui impose le champ de bataille a fait la moitié du chemin vers la victoire. Mais l’affaire parait plus complexe parce que dans une primaire, il n’y a pas de corps électoral pré déterminé. Personne ne sait vraiment quelle est la sociologie des 2, 3, 4 millions de Français qui se déplaceront. N.Sarkozy veut faire le plein du vote populaire traditionnel de droite, dans le sud-est, par exemple, parmi ses électeurs qui votent aussi régulièrement FN. Ces thèmes de l’identité malheureuse semblent tout indiqués. Ça fait peut-être le jeu du FN mais le FN n’est pas dans la primaire. Ses électeurs eux y sont en revanche lourdement invités par l’ancien président ! De son côté, Alain Juppé sait que ce terrain (qu’il n’a pas choisi) peut lui être électoralement rentable (il a besoin des voix modérées et de centre gauche). Le discours très droitier et brutal de Nicolas Sarkozy développe ses propres anticorps favorable à Alain Juppé. Et puis pendant ce temps-là, on ne parle pas d’économie. Thème sur lequel les différences entre les candidats ne sont pas flagrantes. Chaque camp peut donc estimer que la controverse identitaire est profitable à son champion, l’un par adhésion, l’autre par rejet… ce qui parait moins certain, en revanche, c’est que ce soit profitable à la cohésion de la société française…

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