Ce n’est pas la première fois que le président fait acte de conversion écologique ! Tentons donc d’en évaluer non pas la sincérité (nous ne sommes pas dans sa tête) mais la portée réelle.

Emmanuel Macron
Emmanuel Macron © AFP / Ludovic Marin

Ses mots sont forts : ‘point de bascule’, ‘urgence absolue’, ‘nécessité de changer de modèle’… Emmanuel Macron est, parmi les dirigeants de la planète, celui qui porte ce sujet, que ce soit sur la nécessité d’appliquer une taxe carbone aux frontières de l’Europe ou même pour initier un début d’ingérence écologique sur le Brésil à propos de l’Amazonie. Il y a aussi cette volonté de s’appuyer enfin sur l’expertise des ONG ou de mettre en place –avec un vrai rôle- des conventions de citoyens tirés au sort. 

Mais, pour un président  détenteur de tant de pouvoirs, une position politique se définit par ses actes plus concrets. Or, la faiblesse des budgets de rénovation thermique des bâtiments, les autorisations minières aurifères en Guyane et surtout la politique agricole qui favorise encore une agriculture extensive, font dire aux écologistes que les avancées macroniennes n’en sont pas… Mais on l’a compris : quoi qu’il fasse, ça ne sera jamais assez à leurs yeux ! C’est la logique d’affrontement imprimée par nos institutions…

Le poids de l’élection présidentielle !

Voilà ! Ce prima de la présidentielle fait qu’un concurrent politique qui se rapproche idéologiquement de vous, et bien plutôt que de l’encourager à aller plus vite et plus loin pour envisager un compromis, vous le dénigrez, vous dites même qu’il recule ! Vous créez du conflit là où il faudrait chercher de la convergence… C’est ce que fait Yannick Jadot

Comment le lui reprocher, pour une fois qu’un écologiste se conforme à la logique désolante de nos institutions ! La réponse à l’urgence écologique, visiblement, c’est donc d’être qualifié au second tour en 2022 ! Le jugement sévère des Verts résulte aussi d’une sorte de théorie de la relativité : certes le président avance, mais comme l’urgence climatique parait toujours plus présente, en fait il reculerait ! 

La maison brûle. Emmanuel Macron s’habille en pompier, appuie, c’est vrai, sur l’accélérateur ! Mais il s’arrête toujours aux feux rouges. Il en a enfin grillé un, en mettant en cause l’accord commercial EU/MERCOSUR… Il a l’intuition stratégique que sa réélection peut se jouer sur l’écologie, que la menace pour le premier tour (face au FN) ne vient sans doute plus du centre-droit mais d’une gauche qui aurait eu le temps de se rénover par l’écologie, portée par une grande partie de la jeunesse. 

Le président sera donc toujours critiqué par les écologistes mais sa transition personnelle, moins anxiogène, peut aussi rejoindre celle de beaucoup de Français qui prennent conscience de l’urgence environnementale au même rythme que lui. 

Des bouleversements de logiques politiques et économiques sont à prévoir. Le président aura-t-il la volonté, le courage ou simplement la capacité de cette révolution pour que ses actes soient aussi forts que ses mots? J’ai dans l’idée que ça va alimenter de nombreuses chroniques de la saison qui s’ouvre…

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